mardi 14 et merdredi 15 juillet 2015 : Vence to Vence, 48h chrono par les arêtes de la Meije !

Vence to Vence en passant par La Meije…

En réalisant lundi soir que les conditions sont exceptionnelles dans l’Oisans, je n’ai de cesse de penser à la Meije que je n’ai jamais eu l’occasion de traverser. Les crevasses doivent être béantes sous l’effet caniculaire, mais il y a peu de marche sur glacier. La rimaye passe bien, et les précieux renseignements de la gardienne du Promontoire ne me font plus hésiter une seconde. Reste à convaincre des compagnons de cordée. Linda répond à l’appel. Rendez vous mardi matin au bar de St Jeannet pour lever les dernièrs doutes. L’Argentera attendra bien encore …

La décision est prise à 08h30 . Nous quittons les Peyrons. A midi 30 nous approchons Briançon. La Bérarde n’est accessible que par Gap. C’est foutu. Nous pensions gagner du temps. La route est coupée juste après La Grave pour plusieurs mois. L’accès à Grenoble par le Col du Lautaret est tout simplement impossible.

Vu l’heure, nous pensions remonter les moraines du Promontoire, il n’en sera rien. Ça sera les Enfetchores ! Tant pis pour l’horaire

 

14h30, parking du téléphérique de La Grave. Sacs bouclés, quelques barres et un chapeau sur la tête, nous voilà au plus chaud de la journée prêts pour 1000m de déniv dans du 2 voire du 3sup. Personne sur l’itinéraire. Pas surprenant. A la sortie de la gare de Peyrou d’Amont nous dévalons stupidement dans le vallon du Clot des Sables sans nous apercevoir que le sentier partait plus à droite.  Après un bain de pieds forcé dans le torrent tumultueux de l’Abéous, et quelques caillasses instables à traverser nous nous retrouvons finalement sur le sentier des Enfetchores qui nous conduit au pied de la muraille qui sépare le glacier de la Meije de celui du Râteau.

 

Les Enfetchores :  ben pour être franc … c’est une course !  Nous l’avons faite sans corde jusqu’à la traversée sous l’arête sommitale vers 2900m. Ensuite le topo indiquant de ne plus monter mais de traverser, nous nous sommes sentis un peu « exposés » à la chute, et avons enfilé nos baudriers. Sans doute sommes nous passés trop haut au dessus de la vire « caillouteuse » …

L’aire de bivouacs franchi, le rocher fait place au pierrier . Le glacier n’est pas très loin. La Brèche de La Meije est bien visible mais les crevasses ouvertes nous contraignent à nous écarter tout d’abord à droite sur une trace bien marquée, puis bien à gauche avant de revenir en 2 lacets à l’aplomb de la brèche. Belle ambiance, où nous ne voyons pas l’heure tourner. La rimaye est gigantesque. Les ponts de neige sont bien visibles,  soit complètement glacés soit prêts à s’écrouler. Ce n’est qu’à la brèche en vue du Promontoire que nous appelons la gardienne pour la rassurer. Elle nous garde au chaud notre repas. Conversation à notre avantage car en quelques mots, elle nous indique une descente équipée sur spits pour gagner ainsi un temps considérable.

Un petit coup d’œil au passage sur l’arête W du Grand Pic de La Meije ( j’avais pensé la gravir et bivouaquer au glacier Carré ) C’est pas du bon rocher, c’est pas non plus la porte à côté . Vu l’heure … On cale !

Arrivée au Promontoire 20h30. Exténués.

 

Avant de nous coucher, les habitués du lieu, voyant bien que nous mettons nos pieds sur un terrain inconnu, nous expliquent que pour  évaluer notre horaire de la traversée, il nous faut tripler celui des Enfetchores. Ça mouline dans nos têtes…3 fois 6 …= 18 h ! ouaouh !!!  de quoi nous empêcher de dormir le peu d’heures qui nous restent

 

LaTraversée :

3h00 !  dring . Premier réveil celui des guides. Ils sont peu nombreux..  2 cordées

3h15 re dring . second réveil , c’est le notre . Nous sommes 6 cordées.

3h45 c’est le départ au dessus des toilettes…

je connais cet éperon. Je l’ai couru en sens inverse avec jean Paul Gass en juillet 2003. Nous avions gravi  la Pierre Allain.  La descente du glacier Carré au Promontoire avait duré 8h . Nice Nice en 48h, au boulot à 8h le lundi. De la folie. Je réalise que ça n’a pas changé.

Quelques cordées plus véloces passent devant moi. Linda s’aperçoit que je n’y vois pas bien et que je suis lent. Je n’ai pas récupéré d’une semaine de maladie couché tous les jours à lutter contre une infection  à la gorge. Elle prend sans que ça me dérange le commandement de la cordée. Excellente initiative. Nous franchissons  » le pas du Crapaud  » . Puis de ressauts en cheminées l’arête nous amène jusqu’au camp des Demoiselles. En vue du grand gendarme, point de repère de la traversée vers le couloir Duhamel, je réclame des points de protection ; Je ne me sens pas à l’aise dans le noir. Je suis bourré de médocs et fatigué. Linda me fait trop confiance…

Le jour se lève dans le couloir. Les cordées devant nous ont ralenti. La muraille Castelnau, le dos d’Âne et la dalle des Autrichiens nécessitent de l’attention. Ça grimpe partout comme on dit. Faut chercher le passage le plus judicieux.

Vient enfin le Pas du Chat qui nous ouvre la porte de ce qu’il reste du glacier Carré…

Une trace bien évidente en diagonale nous permet d’accéder rapidement à la brèche du glacier.

C’est là qu’ayant retrouvé un peu de tonus, je reprends la tête de la cordée. Il est 08h15 Linda a été magnifique. Elle a besoin de souffler. Quatre heures ont été nécessaires pour arriver au pied du Grand Pic.

Devant moi .. ‘ l’oeille de la meidjour  ‘ ! … l’aiguille du midi qui me domine du haut de ses 3 983 mètres. En route pour le second sommet des Écrins…

 

Le récit et la suite en photos…

Aldo

 

mardi 13 juillet 2015 , LES ENFETCHORES :

gare de Peyrou d’Amont…

le topo…

sous la cascade…

l’arête…

la corde fixe…

les rampes d’escalade…

vue des Enfetchores sur La Grave…

la sente qui judicieusement serpente dans le rocher…

à l’approche du glacier…

Le glacier de la Meije côté effrayant…

le glacier côté accueillant…

Le Grand Pic versant Nord

crampons aux pieds…

la brèche et l’arête ouest du grand Pic…

on ne peut pas les louper…

c’est grand ouvert…

très très ouvert !

à la brèche côté La Grave…

l’arête ouest…

à la brèche côté Bérarde,  de l’autre côté le Promontoire.

avant de redescendre…

la désescalade… 1 seul rappel en bas pour récupérer le glacier . Ne pas prendre les rappels sur sangles au niveau de la brèche. partir à gauche sur 20m et descendre sur une trace bien marquée puis revenir à droite vers le Râteau pour récupérer la ligne de spits en diagonale main droite

 

La Traversée de La MEIJE : mercredi 15 juillet

le topo en images, peu de photos… il  fait nuit

au p’tit matin, à la sortie du couloir Duhamel côté Râteau ça donne ça :

de l’autre côté, à l’Est, toute la chaine…

au dessus de nos têtes l’arête du Promontoire et la muraille qui soutient le glacier Carré…

ça s’affaire dans la dalle Castelnau, un passage raide avant de traverser vers le glacier Carré…

Derrière La Grande Ruine, la Barre des Ecrins se réveille…

Linda aussi…

accéder au « Dos d’Âne » ne semble pas facile…

Nous prenons de la hauteur. Le Torrent des Etançons jusqu’à La Bérarde  semble interminable. Et la Pyramide Duhamel toute petite…

les cheminées en III sup et la dalle des Autrichiens nous occupent un moment…

On touche au but, Linda dans les dernières difficultés franchit le « Pas du Chat » …

En bas le glacier des Etançons et le départ des voies. Parmi elles, Mitchka… la Dibona Meyer … Les Grimpeurs se cachent pour ouvrir… mieux vaut partir tôt ça « parpine sévère » sous le glacier Carré…

Linda en tête au pied d’une dalle grise qui sera sa dernière difficulté avant le glacier Carré…

Crampons aux pieds, elle nous conduit à la brèche sur une trace rassurante…

Il est 08h20. On s’octroie 1/2 h de pause et je prends les rennes. Au dessus de nous, les cordées cherchent les passages les plus faciles…

la suite de l’ascension du Grand Pic …

un passage surprenant…   » Le Cheval Rouge »

Plus impressionnant que difficile…

après avoir gravi « Le Chapeau du Capuçin » il ne nous reste plus qu’à remonter facilement l’arête qui mène au sommet du Grand Pic de la Meije pour voir la Vierge …

il est 10h50, ça fait 7h que nous avons quitté le refuge…

Au grand Pic, c’est le point de non retour. On n’est pas rapide mais il n’est pas tard. La météo est parfaite. On décide de poursuivre et descendre les 3 rappels pour gagner la brèche Zsigmondy…

Ensuite il faut remonter une petite arête effilée pour rejoindre les fameux câbles.  Sur la photo une cordée nous précède…

Au bout de l’arête, la forme élancée du Doigt de Dieu …

l’approche des câbles sur l’arête…

60m de traversée  sous la Dent Zismongdy…

une belle ambiance avec un câble qui disparait parfois sous la glace…

La remontée s’apparente à une goulotte qui se redresse à 70°…

Ce passage est sans doute le plus technique de tout l’itinéraire et peut dérouter si le câble venait à disparaitre…

Nous retrouvons le soleil. Derrière Linda le Grand Pic…

La suite est une succession de dents sur du rocher sec qui contraste subitement avec le couloir/goulotte…

 

Au sommet du doigt de Dieu, Il est 15h45.  ça fait exactement 12h que nous sommes partis…

Le doigt de Dieu se désescalade. Il ne faut pas prendre le premier relais à gauche en descendant. Mais poursuivre l’arête jusqu’au replat et aller chercher l’autre ligne de rappel…

2 rappels sont nécessaires pour être certain de franchir la rimaye…

enfin le refuge de l’Aigle

Une pause bien méritée. Un accueil chaleureux des gardiens. Et nous repartons pour une descente infernale jusqu’au Pont des Brebis

Derrière nous les retardataires continuent leur traversée…

une dernière photo avec le tracé de l’itinéraire…

du refuge il nous faudra 3h pour dévaler les 1800m de descente jusqu’à Villar d’Arêne

à 21h au Pont des Brebis, nous sommes sans voiture. Pas un chat ! Nous sommes contraints de marcher sur la route. On en a plein les pattes ! La nuit s’empare de nous .  Nos frontales à nouveau allumées éclairent le bitume. Les souvenirs encore tout frais de la traversée nous aident à supporter ce moment peu enviable. 2km avant La Grave, une voiture nous croise puis revient vers nous. Bruno, un guide du coin a compris notre galère et nous ramène au parking du Télephérique. Enfin nous sommes de retour.

Quelques rafraichissements et un peu de nourriture, puis à minuit nous prenons la route. à 1h30 du mat, fallait s’en douter, je n’arrive plus à garder les yeux ouverts. Nous nous imposons un petit somme puis à 3h c’est l’affolement. Linda et moi devons prendre le boulot à 8h.

On sera à l’heure

Aldo
La première ascension du Grand pic fut effectuée en 1877 par Emmanuel Boileau de Castelnau et Pierre Gaspard. Les techniques de rappel n’existaient pas,ils abandonnèrent les cordes.

La première traversée des arêtes de la Meije a été faite du Doigt de Dieu au Grand pic en 1885 par Ludwig Purtscheller, Otto et Emil Zsigmondy.  Ils redescendirent par l’arête du Promontoire,

En 1891, J.-H. Gibson, Ulrich Almer et F. Boss firent la première traversée des arêtes dans le sens ouest-est. C’ est l’itinéraire classique aujourd’hui, que tous les alpinistes considèrent comme l’un des plus beaux des Alpes.

 

 

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