De trabzon à Erzurum – recit d’une traversée du Kaçkar

Janvier 2015 … morose ambiance, pas qu’en géopolitique !! pas un flocon sur les alpes, nous cherchons ou s’exiler pour sortir nos spatules, mais même le nord de l’Europe reste à sec.

Finalement, le seul endroit à être arrosé cette année, c’est l’Asie centrale .. ni une ni deux, allons donc voir la bas si nous y sommes.

Ce sera la traversée du kaçkar sur la proposition d’Ibrahim, avec l’assistance de l’équipe de Tamzaratur.

Départ le 12 mars à 8h, arrivés le 13 mars vers 1h a Ayder, les prévisions météo ne sont pas au top, mais qu’importe, avec l’espoir, la confiance et un petit peu de poudre de fée, nous savons bien que nous tirerons notre épingle du jeu.

Au depart a Ayder

Le plan c’est : traverser le massif du nord au sud, depuis Ayder jusqu’à Ispir, puis revenir vers Erzurum.

Ayder ressemble a une petite suisse, nous allons vite comprendre qu'on est bien du mauvais cote du foehn

 

Lundi 14 : montée vers les alpages de Kavrum ou nous devrions rester deux jours avant de traverser vers Yaylarla.

Fin de la montée en chenillette

Monter tout notre barda en chenillette relève du déplacement de troupe,

 

mais bon … une fois installé, nous montons reconnaitre la traversée pour constater que le temps se dégrade.

il fait frais dans la bergerie !!

Pendant la nuit il tombe 30cm de neige, et la raison nous fait battre retraite pour étudier un plan B.

 

la meme que plus haut .. le lendemain !

Mardi : Ce sera la traversée … en voiture (250km) plutôt qu’a ski (18 km) … pour éviter de rester coincés sur l’alpage. Et effectivement, versant sud a Yusufeli, il fait beau.

 

la montée sur Yaylarla

Mardi – mercredi – jeudi: Nouveau transport de troupe vers Yaylarla ou nous logerons dans la pansyion Kaçkar d’Ismael, qui a troqué sa chaire de prof de français contre un B&B au bout de nulle part, mais un si beau nulle part !!

 

Kackar Pansyion

La vallée de rêve nous tend les bras ; au fond le kaçkar dag nous nargue, sur tous les versant nord, la poudreuse nous accueille. Vers Ayder en revanche, le foehn sévit, et ourle sa menace sans cesse.

 

 

 

vendredi : ce sera la traversée ; en effet le mauvais temps est annoncé pour la fin de semaine a nouveau, et nous ne voulons pas nous faire piéger dans la vallée. L’itinéraire de toute beauté, nous emmène encore au sud, un beau passage de col à 3400m et  la descente pourtant prometteuse ne sera pas marquée d’une pierre blanche. La température baissant a crouté la neige, et il faut ‘s’arracher’ pour sortir quelques virages, le village ou nous attends notre accompagnateur Jeff (Alias Cevdet Oguz) est en vue, on aperçoit au passage, une belle trace d’ours récente… oui, des ours opportunistes rôdent près des villages en hiver…

C’est en voiture que nous terminons cette longue journée, la descente vers Ispir nous fait traverser des paysages incroyables, la vallée est complètement remodelée par la main de l’homme pour y installer des retenues hydrauliques en cascade. Nous en restons sans voix. Le bilan carbone de l’opération est-il positif ? en même temps, comment porter un jugement quand nous nous transportons à grand renfort de kérosène d’une extrémité de l’Europe vers le centre de l’Asie ?

Bref, restons donc sur le constat d’un travail de titan.

 

Kebab improvisé a ispir

 

A Ispir, nous logeons au bord de la rivière, avec l’espoir de monter skier au col le lendemain. Les prévisions météo ne sont pas très bonnes, mais qui trop écoute la météo … fini poivrot … et oui, même en Turquie quand le temps se gâte, on ne boit pas que du thé.

 

ca se gate ...

Samedi : montée au col. Une fois hélas, nous devons rester en aval du tunnel car le chef de chantier nous interdit l’accès à cause des manoeuvres de chantiers en cours, deux fois hélas, les prévisions se confirment, le vent souffle en rafale et bientôt il se met a neiger. Nous rebroussons rapidement chemin, et nous nous rabattons sur un pique-nique en bord de chantier. Bernard qui a récupéré une dalle de granite en profite pour subrepticement la glisser dans mon sac … je ne m’en apercevrais que le soir … (“Ho! il est bien lourd mon sac… )

DE retour au bungalow, la discussion s’anime : faut-il partir tout de suite pour Erzurum tant qu’il ne neige pas ? attendre en espérant skier vers Bozan demain au risque que la neige nous en empêche ?

C’est finalement la deuxième option qui l’emporte. Toute la nuit la pluie nous rebat les oreilles, et il se met à neiger a Ispir à 8h du matin.

 

Dimanche : C’est le replis !! sauf que … il faut traverser plusieurs cols à plus de 2000m, et … nous n’avons pas de chaines ni pneu neiges ….

Sur les recommandations de bernard, Cevdet s’arrête dans un village acheter de la ficelle, il ne trouve que de la corde à linge … Une fois n’est pas coutume le doute me prend ! je me plonge dans mon livre, n’ayant rien à apporter de positif à cette affaire, je laisse prudemment les garçons bricoler cette affaire …

Juste avant le col, le chasse neige s’est mis en travers. Et nous … nous comptons passer avec notre fil à étendre le linge …

…. Ils furent bibliques : homme (femme) de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? alors que la tempête fait rage, Cevdet maintient le cap, le fil a étendre le linge aussi, et nous passâmes les trois cols jusqu’à Erzurum. Certes, nous n’avons pas marché sur l’eau, mais c’est juste parce qu’elle était gelée.

 

Pour fêter cela, nous dinons le soir dans un restaurant tout à fait étonnant : 16 chaumières ont été regroupées, tout en gardant leur caractère ancien, et les convives sont installées a même le sol autour de grand plateau de cuivre pour partager un excellent repas.

Le tout est décoré de tapis, et bibelots plus ou moins anciens. Ici l’antique côtoie le tourne disque des années 50 mais le tout est arrangé avec beaucoup de gout.

Lundi : déjà le séjour se termine. Finalement malgré la tempête d’hier il n’a pas tant neigé que ça surErzurum. La vue depuis le 8ieme étage de l’hôtel ou nous prenons notre petit déjeuner est néanmoins magnifique. Nous décidons de tournicoter autour de la station de ski locale. En fin de journée, il n’y a plus un vallon vierge, nous avons soigneusement et méthodiquement tracé tout ce qui pouvait l’être.

 

Ce soir Ibrahim nous quitte pour rentrer à Paris, demain, nous rentrons aussi vers Nice, et Cevdet reprend la route pour rentrer sur Trabzon.

C’est un très beau séjour, sur un itinéraire riche qui s’achève sur un gout de revenez-y.

Seule ombre au tableau, les attentats meurtriers qui ont égrené la période, Ankara, Istanbul puis Bruxelle pour finir, quand cela s’arrêtera il ? Pourquoi face à une nature qui n’évoque que paix et beauté, sommes-nous capable de créer autant de laideur et de malheurs ?

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