15, 16 et 17 avril 2017 Week-end pascal en Val Maïra, trois « petits » tours et puis s’en vont…

J1 : au départ de Pratorotondo, boucle au Bric Boscasso (2589 mètres)

Distance = 9 km

Dénivelée = 1000 mètres

 

Pour la section raquette alpine, les week-ends de Pâques, c’est le dépaysement assuré. C’est peu dire qu’on les attend avec impatience et curiosité… Ce séjour dans le Val Maïra, vallée qui fait le pendant italien de notre Ubaye, va nous permettre de compléter notre connaissance de cette région, et jouer le chaînon manquant avec de précédents séjours à Maljasset, Fouillouse, Larche et dans le val Varaita et le val Stura.

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Gabriel, Denis, Annie, Patrick et Tony : voilà pour trois jours notre équipe de Gentils Organisateurs. Et elle mérite grandement ces deux qualificatifs… Nous avons failli être 25, nous sommes 23. Et les 23 ont vu la même chose sur tous les sites météo consultés : grand beau sur le Val Maïra ! Hourrah !

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Après trois bonnes heures de route et une pause-café-chocolat-dolci devenue traditionnelle, notre première randonnée démarre à Pratorotondo, minuscule hameau de quelques maisons en bout de route, au fond d’une vallée miniature affluent de celle de la Maïra. La matinée est déjà bien avancée, et le soleil italien tient ses promesses. Attention à ne pas écraser trop de fleurettes des prés avec nos gros sabots : c’est le printemps à Pratorotondo. Et là ! un beau petit renard !

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Encore et toujours un peu de portage : dame Nature en a décidé ainsi. Restons humbles sous le poids des sacs à dos… Au bout d’une heure de montée dans la forêt au milieu des chants d’oiseaux, nous pouvons enfin chausser nos chères ciaspole, et poursuivre l’ascension du Bric Boscasso dont on commence à apercevoir le sommet surmonté d’une croix.

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Le Viso sort des nuages, puis se cache à nouveau. Il est là, si proche et tellement imposant.Une dernière pente raide nous permet d’accéder à la petite crête qui mène au sommet.

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Nous y stockons les raquettes en rang d’oignons, et gravissons les quelques dizaines de mètres qui nous séparent du spot « photo au sommet ». Mais pas de photo de groupe : nous ne tiendrions pas tous sur les quelques mètres carrés (en comptant large…) de cailloux branlants qui constituent le sommet du Bric Boscasso.

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Quelques copines se sont arrêtées un peu plus bas, vaincues par la chaleur autant que par cette montée d’un seul jet depuis la voiture. Guidées par Tony, elles feront un aller-retour par le même itinéraire.

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Le reste du groupe est déjà engagé dans la redescente, après une rapide pause repas : ne nous éternisons pas dans ces pentes. Nous n’avons pas l’habitude de nous trouver au point haut d’une rando à une heure aussi avancée, mais aujourd’hui trajet en voiture oblige.

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Retour par le Vallonetto, histoire de changer un peu de perspectives. Peu à peu, les pentes de neige s’accentuent. Puis le Vallonetto se rétrécit, s’encaisse jusqu’à devenir un goulet d’étranglement où nous réalisons que tout bon raquettiste se doit d’être aussi un bon canyoniste … Ce  de ruisseau… Combien de fois allons-nous devoir le traverser ? En sautant, en pataugeant, en glissant, en faisant du saut à la perche avec nos bâtons, en enjambant. En faisant plouf (perso, c’est hélas du vécu…).

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DSCF0401Forts de cette belle première aventure, nous reprenons les voitures pour remonter toujours plus en amont le cours de la Maïra, jusqu’au hameau de Chiappera où se trouve le gîte Campo Base qui sera, pour deux nuits, notre « Camp de base ». Andreas et son équipe nous y accueillent, confirmant par leur gentillesse et leur efficacité tout le bien que nous pensons des gîtes italiens.

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Le groupe s’éparpille dans les petits dortoirs, certains se ruent sur les douches, d’autres sur les bières, d’autres enfin sur les prises, afin de recharger toutes sortes de petites choses modernes toujours affamées de courant électrique.

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Le rifugio Campo Base est une ancienne caserne, la Caserne Vivalda, érigée dans les années 30 pour servir, comme son nom l’indique, de camp de base aux soldats de la garnison chargée d’ériger dans le secteur les fortifications du Vallo Alpino, l’équivalent de notre ligne Maginot. Toutes ces considérations va-t-en-guerre semblent heureusement si lointaines : aujourd’hui seul compte le plaisir de marcher dans ces magnifiques montagnes que l’Italie a reçues en héritage.

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Et à Campo Base, on s’y entend, en montagnes : le Gruppo Castello-Provenzale étend son ombre emblématique sur la vallée, Rocca Provenzale, Torre Castello, Rocca Castello, le paradis des grimpeurs de tous niveaux, et des amateurs de terrain d’aventure.

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Délicieux, le repas du soir ! Cake aux poivrons, lasagnes aux épinards, émincée de porc aux petits légumes. Certains mangeurs de viande louchent avec envie sur les assiettes des deux végétariennes du groupe… Mais tiramisu pour tout le monde ! Et service à l’assiette, s’il vous plaît ! Le temps de la digestion (du repas, et des breuvages multicolores qui l’ont accompagné) est mis à profit pour organiser un atelier « réparation de semelles », deux paires de chaussures s’étant brutalement mises à bâiller aux corneilles… Heureusement, le bon raquettiste sait aussi être un bon cordonnier, n’est-ce pas, Patrick ?

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J2 : au départ du refuge, boucle au Monte Ciaslaras (3005 mètres)

Dénivelée = 1200 mètres

Distance =14 km

 

Où donc est passé le printemps ? Quel froid et quel vent, en sortant des voitures sur le parking en bout de piste ! Nous enfilons ce que nous avons de plus chaud, tout en subodorant qu’il nous faudra enlever tout ça très bientôt, car la course commence par une montée pleine pente et plein soleil. Bien vu : déshabillage au bout du ¼ d’heure nécessaire pour chauffer la mécanique.

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Nous sommes engagés dans le vallon dell’Infernetto (quel nom… on y va quand même ?), encombré par les restes d’une énorme avalanche, de quoi vous donner froid dans le dos. Les raquettes sont chaussées après l’heure réglementaire de portage, dès que nous arrivons sur un long replat vraiment bienvenu.

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De hautes montagnes nous environnent déjà, sillonnées de profonds couloirs sur lesquels Denis jette des coups d’œil pleins de convoitise. Non, Denis, nous n’irons pas au Brec de l’Homme aujourd’hui : c’est avec le Monte Ciaslaras que nous avons pris rendez-vous !

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Un long dévers traversé à raquette nous mène au pied de la grande pente qui culmine au colle Ciaslaras. À partir de ce point, les crampons sont obligatoires. Et le souffle. Et les jambes. Et le pied solide. Le vide se creuse sous nos pas, la pente file. Les experts qui marchent devant nous laissent de belles traces, mais de belles traces ne font pas tout : on est seul avec sa pente à gravir, son sac à porter et (peut-être) sa petite appréhension à gérer.

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IMG_5618Mais ce groupe est décidément un bon groupe, et l’expérience acquise au fil des sorties porte ses fruits : après le colle Ciaslaras, encore une petite traversée exposée, et nous voilà sur un sommet accueillant, propice à la sacro-sainte photo de groupe autour du cairn !

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Tony et ses trois belles dames du G2 (heureux Tony !), qui ont opté pour un aller-retour sans faire le sommet, nous observent en train d’évoluer dans les pentes. Puis, rassurés sur notre sort, ils choisissent le pack pique-nique au bord du lac + la sieste digestive qui est livrée avec.

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Pour le G1, il faut maintenant boucler la boucle en revenant par le vallon Maurin. Et, avant tout, redescendre du colle Ciaslaras. Impression de saut dans le vide ! Quelle pente, de ce côté-là. Mais un des enseignements de la montagne n’est-il pas : « il faut aller voir » ?  Cette redescente, nous pouvons l’inscrire au Patrimoine mondial de la Raquette à neige : une perfection absolue, un régal sans nuances, « le » Bonheur-majuscule !

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Nos 19 traces, côte à côte, rectilignes et parallèles. Une trace de montée à ski, en parfaits zigzags. Des traces de descente à ski, ondes gracieuses. La trace d’une bête à sabots, au plus près des barres rocheuses. Quel beau partage de l’espace. Toute l’histoire de la montagne d’hiver est écrite là, dans ce superbe couloir entre le colle Ciaslaras et le vallon Maurin.

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Au bout du vallon, le col Mary, encore un souvenir, c’était à Pâques, c’était il y a deux ans. Nous avions regardé avec envie et crainte ce couloir que nous venons tout juste de descendre en chantant peut-être dans nos têtes une petite chanson heureuse.

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Cap sur la vallée, ses anémones, ses crocus, et ses verts pâturages. Il est long, ce vallon Maurin, et la neige évolue vite… Aucune difficulté, mais attention aux trous imprévisibles, aux ponts de neige sur le torrent, et aux rochers qu’on détecte in extremis, une fois qu’on est dessus, prêt à se lancer en ramasse, juste pour le fun…

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Un goûter pascal improvisé s’organise devant le refuge, au soleil de cette fin d’après-midi : colombes de Pâques, œufs en chocolat, et même deux poules. Oubliées dans la chaleur de la voiture de Jean, elles ressemblent à des ballons de rugby crevés plus qu’à des cocottes, mais ça se mange quand même…

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Délicieux dîner, avec une mention particulière pour toutes ces truites (probablement de la vallée) qui arrivent sur la table dans leur habit argenté de papillote accompagnées de leur garniture de salade frisée et trévise. Et ce petit feuilleté maison asperges-fromage (encore pistonnées, les végétariennes…). Et ce rizotto aux champignons…sans oublier le vitello tonato de l’entrée. Vite, il nous faut encore une petite lichette du limoncello d’Annie pour digérer toutes ces bonnes choses… Et dormir !

 

J3 : Monte Viraysse (2838mètres)

Dénivelée = 1300 mètres

Distance = 12 km

 

Avant toute chose, se remettre à table pour un petit déjeuner qui est à la hauteur des dîners made in Campo Base : corbeille de fruits, gâteaux maison, assiette de jambon, céréales, complètent le choix habituellement proposé en refuge. On prend des forces ! Gabriel nous a annoncé la couleur, on sait presque tout !

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Nous garons les voitures à l’entrée de Saretto, à quelques kilomètres en aval du refuge. Dans sa langue qui ressemble au morse, un pivert nous salue à sa façon, étonné de cette ardeur que déployons à nous équiper, alors que la vie est si belle dans son arbre, juste là… Les mélèzes sont couverts de fleurs d’un rose vif. Des chatons tout doux et des bourgeons verts tendres commencent à pointer sur les branches. Une belle journée commence.

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Et nous, nous marchons. Nous grimpons. Nous transpirons. Nous portons. Nous buvons un coup. Nous guettons les raccourcis. Nous reprenons notre souffle… Nous remontons une piste interminable. Enfin la délivrance est annoncée, à savoir « on met les raquettes ! ».

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Tout devient plus facile : non seulement le sac est allégé, mais nous voilà pour un moment dans des pentes douces, au profil régulier. Le top 10 du groupe en profite pour prendre le large, mais les autres ne lâchent pas l’affaire…

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Entre le Monte Viraysse et le Monte Vallonasso, on devine la profonde entaille du col de Sautron (2685 mètres, tout comme notre Cime du Diable), frontière entre la France et l’Italie. Le courant d’air froid qui se lève nous confirme que nous approchons…

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Opération « crampons », car la montagne va encore nous tester sur une longue et raide pente… Gabriel prend la tête de la file pour faire la trace, une trace impeccable, un rythme d’une régularité impressionnante. La trace d’un président de section, ça impose le respect !

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Enfin le haut du couloir ! Alain photographie les heureux arrivants, en équilibre sur un pied. Combien monnaiera-t-il ses précieuses photos ?

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Et le sommet ! Embrassades, accolades viriles, éclats de rire, acclamations, photos à gogo avec la tête de Moïse ou le Viso en toile de fond, excusez du peu… Et, à l’horizon, Fort Carat et la Côte de l’Âne, si caractéristiques. Sensation de plénitude et d’accomplissement comme la montagne sait si bien en dispenser. Le bonheur se mérite et là, oui, nous l’avons mérité !

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Mais où donc est passé Patrick ? Il était parti en mission pour ramener à Tony deux de « ses » dames qui se languissaient de lui… Le voilà qui rejoint le groupe, déjà en train de descendre vers le col. Mais Jean, en forme, propose de remonter avec lui au sommet. Et comme quelques groupies de Patrick attendent sa sortie, penchées au-dessus du couloir, c’est finalement un petit groupe de cinq qui escorte un Patrick tout heureux jusqu’au sommet. Re-bisous. Re-photos. Re-bravos.

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Re-descente par la crête jusqu’au col de Sautron… On commence à avoir l’habitude des pentes raides. Celle qui descend du col en est une. La neige, molle et mouillée, ralentit notre allure : tomber dans un trou, s’en extirper pour tomber dans un autre, ça consomme de l’énergie…

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Justement, il est temps de refaire le plein d’énergie : c’est l’heure de manger ! Douce pause : on revit la montée du beau couloir à la suite de Gabriel, on se raconte encore cette arrivée magique sur la crête panoramique, on revoit le sourire des copains au sommet…

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Nous redescendons vers la vallée et les voitures comme portés par une énergie nouvelle, et qui n’est pas incompatible avec la fatigue, allez comprendre… La descente est longue, la dernière heure est pénible, mais personne ne nous a obligés à ne prendre « que » les raccourcis de la piste… rochers, herbe glissante, branches mortes et plaques de neige…

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Et puis, à nouveau, les fleurs des mélèzes et le chant des ruisseaux : en accéléré, nous avons parcouru les saisons, ce matin dans un sens, et cet après-midi dans l’autre sens. Il y a quelques heures, nous étions en plein hiver, sur la neige et la glace d’un sommet. Et nous voilà maintenant dans l’herbe verte, à respirer à pleins poumons la bonne odeur du vent du printemps.

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Les sorties de cette saison ont donné lieu à une surenchère de superlatifs… En reste-t-il de disponibles pour évoquer ce week-end ? Merci à tous nos amis encadrants de partager avec nous leur connaissance de la montagne, nous recevons ça comme un précieux cadeau. Merci également au groupe qui fonctionne bien, des amitiés s’y nouent, de vraies rencontres s’y font, l’entraide n’y est pas un vain mot.

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Et si le dernier merci, le dernier bravo, nous l’adressions à ces montagnes si belles, qui au bout de 10 ans, 20 ans, 30 ans, nous font toujours courir et rêver comme au premier jour : si ça ce n’est pas une histoire d’amour… Car le bon raquettiste est surtout un grand amoureux de la montagne.

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