Archive pour février 2018

Dimanche 25 février 2018 Aventures enneigées au Boréon

G1 : cime de Piagu (2338 mètres) 1050m pour 12.5 km

G2 : refuge de la Cougourde (2100 mètres), mais pas que !

 

Avons-nous déjà scruté les sites météo avec autant de fièvre ? Et cette sortie de dimanche à la cime de Juisse, annuleront ? annuleront pas ?

Malgré un risque 4 et des prévisions à se cramponner des deux mains à sa couette, « ils » n’annulent pas ! Il faut donc bien mettre le réveil dimanche matin… « Ils », c’est Annie, Gabriel et Denis pour le G1 (17 personnes) et Eric et Tony pour le  G2 (9 personnes). « Ils » ont l’air d’y croire, donc on ne va pas leur faire faux bond, à ces encadrants qui ont préparé notre sortie dominicale…

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Au Boréon, tout semble normal. Sauf qu’on n’aperçoit pas notre but du jour, la cime de Juisse, déjà effacée du paysage par la grande gomme de la brume. Mais les GPS confirment qu’elle est bien là, plus de 1000 mètres au-dessus de nos têtes. Mallory le disait avant nous : « Pourquoi gravir les montagnes ? Parce qu’elles sont là ». Raison suffisante. Gravissons-les donc…

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Le parking supérieur est vite atteint, puis la bifurcation qui donne accès à la si belle crête qui relie Juisse à Piagu. Tiens ? Piagu… au fait, pourquoi pas ? Nous remontons le large couloir où passe le sentier d’été et saluons au passage la balise 432.

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La pente se redresse, on connaît ça ! Les arbres miniatures qui poussent dans cette pente, bonsaïs engloutis sous la neige, nous rappellent qu’il nous faut désormais redoubler de prudence : nous sommes dans un couloir régulièrement raboté par des coulées de neige. On s’espace, tandis qu’Annie, en tête, trace avec l’ardeur qu’on lui connaît, et qui n’a jamais failli. De beaux zigzags pour un direct azimut qui vise la crête !

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Tout à coup, un cri « avalanche ! ». N’exagérons rien, une simple petite coulée part sous nos raquettes, nous incitant à toujours plus de prudence. Sur une dizaine de centimètres d’épaisseur, la neige s’est fracturée, et a glissé sur quelques mètres, faisant disparaitre avec elle un lacet entier de la belle trace d’Annie et Denis. Laurence en est encore toute mouillée.

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Fort heureusement, tout se stabilise très vite : plus de peur que de mal ! Mais bon, rien de tel pour jeter un froid dans un groupe.

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Plusieurs dames du  G2 ont le bon réflexe de se mettre en sécurité. Bien joué, les filles. Et, tandis que le G1 poursuit vers le haut en redoublant d’attention et en rectifiant les espacements, le G2 et quelques transfuges du G1 rebroussent chemin, peu tentés de poursuivre l’aventure dans ce passage qui monte vers un brouillard de mauvais augure…

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Le G1, après avoir persisté en bordure du couloir a finalement renoncé car impossible de progresser davantage, hauteur de neige jusqu’en haut des cuisses, impossible d’avancer même avec les crampons. Repli stratégique, redescente des derniers 100 m de dénivelée pour récupérer le sentier d’été et atteindre dans le brouillard le pas des roubines de la Maïris.

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De fins flocons commencent à tomber. Le mauvais temps arrive et après un petit point GPS décision est prise de nous diriger vers le sommet du Piagu plus propice aux conditions du jour. La crête finale est légèrement glacée, mais nos raquettes accrochent bien et on dépasse sans même s’en apercevoir le cairn recouvert de neige qui symbolise le sommet.

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Hésitation pour la descente : droit dans la pente ou retour sur nos pas ? La neige étant de mauvaise qualité nous revenons sur nos pas pour venir manger contre les murs du refuge de la Maïris en s’abritant comme on pouvait sous l’avancée du toit…

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Aurélien notre petit nouveau du jour, se taillera à grand coup de pelle un abri en forme d’igloo pour profiter de cette pause. Au chaud !! As-tu pensé à faire la fosse à froid ? Elodie sa copine, se moque en dégustant une tarte verte du panier repas du gîte de Nicolas

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La redescente se fera dans une belle neige épaisse en slalomant à travers les arbres. Nos encadrants s’amusent et se « chambre …» un peu. La bonne humeur comme toujours sous ce bel hiver qui continu.

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Le G2 dévale prudemment les quelques centaines de mètres du couloir à grandes enjambées dans une belle neige poudreuse (mais prudence…) et rejoint la piste du refuge de la Cougourde, avec le projet fort sympathique de rejoindre le refuge pour y casser la croûte en regardant tomber la neige. Le torrent a pris son aspect des grands jours d’hiver, on le distingue à peine entre les rochers transformés en bonshommes de neige.

 

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IMG_2196Les chutes de neige du toit ont englouti la terrasse, les tables et les bancs. Eric organise notre repli dans le refuge d’hiver. L’heure et le lieu sont propices au casse-croûte. Et à vouloir changer le monde… à commencer par l’étrange mentalité (heureusement minoritaire) de certains visiteurs du refuge d’hiver qui semblent manifestement tout ignorer des règles élémentaires du bon comportement en montagne, sans parler de l’usage de la pelle et du balai… Les trois hommes du groupe s’en emparent, et nous aurons la satisfaction (un peu amère, certes) de laisser en partant les lieux plus propres que lorsque nous les avons trouvés…

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IMG_2215Redescente sans problème, dans une neige idéale, de A à Z, avant le regroupement G1 – G2 au chalet d’accueil du Boréon, au terme de nombreux contacts radio entre nos encadrants : un « plus » pour notre sécurité à tous.

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Il neige sans discontinuer depuis plusieurs heures, la route est toute blanche… vite, redescendre, passer les lacets sous le lac ! Nous croisons deux chasse-neige, et nombre d’automobilistes à genoux dans la neige, en train de mettre ou de retendre des chaînes… Seul, un acrobate à VTT nous dépasse, à fond, ses skis de rando sur le sac à dos, s’équilibrant avec les pieds dans les virages-dérapages ! Un véhicule tape contre un muret, un autre fait un tête à queue…

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Notre abri le plus sûr, notre refuge inconditionnel, notre havre de paix favori : Lantosque, et nos arbres préférés : les Tilleuls ! L’ultime étape de tant de nos aventures enneigées…

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Merci à notre équipe d’encadrants qui nous a évité la décadence d’une grasse matinée, surtout un dimanche… Et un coucou amical à Patrick, aujourd’hui absent : reviens vite, comment allons-nous nous débrouiller, sans tes conseils, pour descendre en ramasse dans les super-pentes que tu affectionnes tant ?

Dimanche 18 février 201 : Croix de Carlé et Crête de la tour

G1 : Croix de Carlé et Crête de la tour   1200 m de dénivelée 12 Km

G2 : Croix de Carlé 1050 m de dénivelée 10 km

 

 

Jamais nous n’avons scruté avec une telle fébrilité les bulletins météo et avalanches… Les mauvaises conditions de samedi, avec de la pluie annoncée jusqu’à 1800m, allaient-elles changé la donne ! Après avoir écarté non sans mal le Pic de Chamatte, une destination nous semble susceptible de répondre à nos espérances : Saint Dalmas le Selvage.

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Lorsque Gabriel et Denis nous proposent de faire la traversée des crêtes de la tour entre la croix de Carlé et la tête Ronde du petit Valloar, 42 adhérents s’inscrivent auprès de Tony mais seuls 39 seront du voyage. Nous démarrons à saint martin, tout heureux à l’idée de prendre… un bon bol d’air …   

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Pas de difficultés techniques au début, ce qui permettra aux 2 groupes de faire le même parcours des crêtes de pra Gazé , chacun à son rythme. A l’arrivée à Saint Dalmas : surprise surprise… Le ciel est tout bleu et le soleil brille : Oh sacré météo la bonne blague !!

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Les précipitations de la veille ont durci la neige au départ. Après le traditionnel contrôle des DVA, 2 groupes se forment bien homogènes. Le groupe 1 avec Annie, Patrick, Denis et Gabriel, le groupe 2 avec Eric et Tony et c’est parti    

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DSC06006La pause banane après les chalets d’alpage est la bienvenue. Nous avançons dans une trace profonde qui témoigne de l’abondance des dernières chutes de neige. Annie est en forme et malgré la pente raide, le rythme est soutenu, les bosses s’enchainent les unes après les autres et la petite troupe s’allonge.

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La croix est en vue et dans ces pentes en devers, soufflées par le vent tout le monde s’active.

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Enfin le sommet pour le groupe 1 rejoint peu après par le reste de la troupe. Plusieurs d’entre nous s’arrêteront là, fatigués par un rhume tenace ou une semaine trop mouvementée.

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Mais quel spectacle : un beau 360° avec en face de nous les majestueux fort carra, cime de pal, pointe de l’escaillon ou autres cime de Bolofré et mont pierre châtel.

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Le groupe 2 arrive à son tour et par ce beau soleil pique-nique au sommet de la croix de Carlé avant un retour par le même itinéraire très enchanteur sur la neige excellente des crêtes de Pra Gazé. Avec quelques passages plus délicats dans la forêt.

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Mais la course est encore longue. Le groupe 1 prend son élan pour une grande « Traversée Blanche » vers « La tête ronde de Valloar ». Nous voilà donc reparti sur les crêtes de la tour en direction des serres de la braïsse.

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 La dernière ligne neigeuse qui nous mène au sommet des crêtes est vite gravie. Et là !! force est de constater que la course est encore très longue avec   des « calas muntas » assez raides, et que le temps risque de nous manquer. Après un ultime briefing, décision est prise de s’arrêter là. Stop « on mange »

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Puis à la reprise, les organisateurs, sans doute (très) inspirés par les J.O. de Pyeong chang, nous proposent une descente à travers la Forêt du vallon de la tour. Piste rouge ? Non piste noire…prise de distance, trace unique à travers les mélèzes et hop après quelques glissades la pente se radoucie et la belle neige arrive enfin. Quel plaisir ce vallon de la tour !!

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Nous retrouvons ensuite la route de sestrière qui nous ,ramène enfin vers saint dalmas ,où les 2 groupes arriverons à quelques minutes d’intervalles

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Magnifique journée malgré une légère frustration, mais promis on reviendra en prévoyant plus de temps. Encore une fois seule inquiétude de la journée : Allons-nous trouver un bistrot à la taille de notre groupe. Rassure-toi Tony, Marie Françoise, la petite sœur de notre président venue passer quelques jours dans nos belles montagnes, a réussi le tour de force de faire ouvrir « le Forest » que pour nous.

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Alors ne nous privons pas, dégustons gâteaux, pain d’épice, tarte aux courgettes, chips de socca…sans oublier le nougat donc voici la recette selon Michelle

Proportions pour une cinquantaine de petits nougats: 4 feuilles azymes (chez Alice Délice 1er étage au Cap ou Nice Etoile) 120gr de miel 130 gr de fruits secs (2/3 amandes, 1/3 pistaches) 200gr de sucre (j’ai utilisé du sucre brun 1/2 complet) 3 c/s d’eau S’armer de patience pour fendre en deux les fruits secs puis les torréfier légèrement au four. Réserver. Fouetter les blancs en neige bien ferme. Liquéfier à feu très doux le miel (ne doit surtout pas bouillir) puis le verser sur les blancs en mélangeant avec légèreté. Préparer un caramel épais, l’ajouter au mélange précédent et faire épaissir à feu doux en tournant pendant 30′. En fin de cuisson ajouter les fruits secs torréfiés. Attendre que la préparation refroidisse avant de la placer entre les feuilles azymes et aplanir au rouleau à pâtisserie. Laisser durcir au moins 1/2 journée au frigo, découper aux ciseaux. Se conserve au frigo et encore meilleur 4 ou 5 jours après.

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Et puis, si vous avez besoin de faire tester votre nouvelle recette…n’hésitez pas à l’amener un dimanche… on est prêts!!!

Dimanche 11 février 2018 : broussailles d’enfer et poudreuse divine…

G2 : cime du Pra par Barzès (dénivelée = environ 900 mètres, distance =11)

G1 : traversée cime du Pra – tête de la Colombière (dénivelée = environ 1080 mètres, distance =12)

 

Avec un sourire qui inspirerait presque confiance, Denis nous prévient qu’au moins une fois par an… il a besoin de mettre au programme une rando « comme ça ». Ses complices ? Eric (bienvenue !) et Tony pour le G2 ; Jacques pour le G1. Et des comptes ronds : 40 raquettistes, 80 raquettes, 400 doigts et autant d’orteils tout froids en sortant des voitures sur le parking de la chapelle de Saint-Jean, entre la D28 qui monte sur Péone, et Barzès, en bout de route. Quelques maisons, et un chien complètement dépassé par la situation puisqu’il doit aboyer, en une seule journée, après plus de monde que dans toute la saison.

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Denis, qui a besoin en général d’une bonne heure de marche pour se réchauffer, constate qu’il est en ébullition dès le départ. Que faut-il en conclure ? Qu’il n’a pas lâché le GPS des yeux, surtout sur une rando inédite ; qu’il a eu en permanence un œil dans le rétro pour surveiller le groupe ; tout ça en marchant en tête et en étant encore convalescent : de quoi, en effet, vous faire monter la température sous le Buff, bravo et merci, chef !

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Franck, promu au titre honorifique de contrôleur DVA, s’acquitte à merveille de son rôle, hommage à l’expérience !

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Nous rejoignons, au prix de quelques raccourcis, la piste forestière des Sauches et le départ des deux télésièges de Barzès et du Pas Brûlé qui retournent sur la station de Valberg. Nous remontons la piste du Pas Brûlé, encouragés par quelques « ho-hisse ! » (perfides ou admiratifs ?) venant des skieurs perchés sur les nacelles des télésièges…

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Les zigzags s’enchaînent et le G2, aux trousses du G1, remonte son léger retard… Mais nos vaillants traceurs donnent tout ! Et tracer dans 40 centimètres de poudreuse pour remonter une piste rouge n’est pas une mince affaire. Un bel effet chorégraphique et visuel, tous ces raquettistes qui se croisent et se recroisent sur une dizaine de niveaux de lacets bien réguliers !

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Une courte pause à la cabane d’arrivée du télésiège, et le dilemme classique : on va à droite sur le dôme du Barrot, ou à gauche vers la tête de la Colombière ? Tout nous tente, mais il faut faire un choix. Tant pis pour le Barrot qui nous fait signe d’un peu trop loin.

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Après l’ascension de la cime du Pra, toute proche, le G2 redescendra par le même chemin (et surtout par cette fabuleuse piste de poudreuse que nous venons de gravir, les petits veinards…), tandis que le G1 rejoindra la tête de la Colombière par la crête, avant de regagner (au mieux, n’est-ce pas…) le parking. C’est parti ! On mangera plus tard…

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Ô joie, plusieurs habitué(e)s du G2 rejoignent pour cette traversée les rangs du G1 ! Le parcours s’annonce panoramique : Saint-Honorat, Pelat, Aspre, Pal, Mounier, que de monts, que de cimes autour de nous.

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Tout à coup, stop ! Denis, qui marche en tête, disparaît pour un repérage : en effet, plus de crête du tout, qu’y a-t-il donc derrière ces derniers rochers ? Pascal, qui connaît le coin, parle des crampons, car il n’est pas question de tenter de passer à raquette. En attendant le retour de notre messie-Denis, on fantasme sur les aventures qui nous attendent, en embuscade derrière ce point où semble s’achever la crête.

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Denis confirme : « crampons ! ». On mangera plus tard… Il y a un petit couloir à passer, court mais bien raide, et se terminant en tremplin sur de longues pentes, hérissées de rochers. Tel un gendarme à un carrefour, Denis nous guide de la voix et du geste.

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Son calme et son assurance sont communicatifs et rassurants, ses encouragements bienvenus, ses conseils pertinents. Devant moi, Michèle jubile, radieuse d’avoir suivi le G1 dans ses aventures haut perchées. 

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Concentrés, nous descendons jusqu’à lui, traversons le mauvais pas, et gagnons des pentes qui, du coup, nous semblent incroyablement faciles !

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Et sur les pentes faciles : « raquettes ! », afin de rejoindre la Tête de la COLOMBIERE, déjà gravie par un autre itinéraire en décembre dernier. On mangera plus tard… On se roulerait de bonheur dans toute cette poudreuse, quelle merveilleuse sensation de flotter, de surfer, de s’envoler, de voler, de glisser, de planer !

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Mais voilà que les pentes censées nous ramener droit aux voitures deviennent de plus en plus raides : Denis douche notre enthousiasme : « crampons ! ». On mangera plus tard… Sous nos pieds, invisibles sous l’épaisse couche de neige fraîche, des rochers, de la neige gelée, des branches nous tendent toutes sortes de pièges louches : prudence extrême, malgré l’envie de courir comme des foufous en faisant voler la poudreuse…

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Nous rejoignons enfin la forêt, et les pentes se font moins propices aux glissades involontaires et aux avalanches : « raquettes ! » ET ON MANGE ! Nos quadriceps ont bien chauffé, et ils réclament leur ration de carburant…

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D’autant que l’aventure n’est pas finie, et elle prend la forme d’un « gentil petit vallon » qui nous conduira pile là où il faut. Notre méfiance s’endort à la vue de tant de belle neige entre tant de beaux arbres… mais le vallon s’encaisse, les arbres, tombés en travers, nous obligent à pratiquer le saut de haies et d’obstacles raquettes aux pieds (nouvelle discipline olympique ?), jusqu’à devenir un inextricable fouillis végétal dans un inextricable fouillis de rochers enneigés.

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Georges, parti en éclaireur, ne nous annonce rien de bon concernant la suite de ce vallon. Faisons confiance au GPS et, encore une fois, au flair de Denis qui, retrouvant une vague trace, déclare : « Mmhhh… ça pourrait ressembler à une sente, et il n’est pas impossible qu’elle aille où il faut » : et il a tout juste !

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Magnifique journée où la discipline et la solidarité des membres ont compensé la pénurie d’encadrants. Seule inquiétude de la journée : Tony craint depuis le matin que nous ne trouvions pas de bistrot à la taille de notre groupe. Rassure-toi, amigo, il y a tout ce qu’il faut à Entrevaux. Même si nous avons mis la révolution dans sa salle en pleine retransmission des JO, le patron ne s’est pas départi de sa patience devant nos soifs impérieuses, notre grand déballage de victuailles et nos séries de bravos sonores à l’intention de Denis, Eric, Jacques et Tony, par ordre alphabétique !

Week-end raquettes 3 et 4 février 2018 : Marguareis, nous voilà !

Haute vallée du Tanaro (Piémont italien)

Cima Missun (2356 mètres) : G1 et 2, dénivelée = 1100 mètres, distance = 14 kilomètres

Colle dei Signori et refuge Don Barbera (2110 mètres) : G2, dénivelée = 800 mètres, distance =13 kilomètres

Punta Marguareis (2651 mètres) : G1, dénivelée = 1400 mètres, distance = 14 kilomètres

 

 

 

Les week-ends de la section raquette s’arrachent comme des pots de Nutella les jours de promo à Intermarché. Il ne faut pas lambiner si l’on veut s’inscrire et faire partie des heureux élus… Pas question de manquer ces deux randos dans le massif du Marguareis. Les 40 places disponibles sont prises d’assaut. Certains viennent du Var, du Vaucluse, mais la Raquette d’Or revient à Véro pour son aller-retour Paris-Marguareis-Paris. Une seule défection, celle de Philippe, notre « grand » reporter, victime d’un lumbago… Ses photos magiques nous manqueront forcément !

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Gîte réservé, courses repérées sur le terrain, briefing de dernière minute au sujet du matériel, du rendez-vous et du covoiturage : quel boulot pour nos amis encadrants ! Gabriel va même jusqu’à recenser les végétariennes du groupe pour adapter le repas du soir : c’est du sur-mesure. Chouchoutés, les raquettistes ! Autour de lui, Denis, Annie, Patrick, Tony et Mario, une sacrée équipe.

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Un lever plus matinal, un trajet plus long puisque nous allons dans le Piémont, une excitation plus sensible que d’ordinaire : en route pour la belle aventure ! Les voitures sont garées devant la Locanda d’Upega, dans la haute vallée du Tanaro. Les bagages sont entreposés vite fait dans une pièce du refuge, une boisson chaude au bar, et on s’équipe. La petite route Upega-Monesi est par endroits enneigée et verglacée… 45 minutes de marche à pied pour démarrer ? Même pas peur !

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L’union fait la force. En un seul groupe, nous partons en direction de cette belle cima Missun, de piste forestière en route militaire, puis directement à travers monts et vaux, jusqu’à rejoindre la crête qui réunit le Mont Bertrand à notre cima du jour.

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La pause s’impose…et nous repose. Le temps de se regrouper, nous nous livrons à notre jeu favori : situer les montagnes que nous avons déjà gravies dans l’immense chaîne blanche qui nous fait face. Tiens ! Le Viso ! il ne se ressemble pas, vu d’ici…Et, à nos pieds, le petit hameau de Morignole, si cher au cœur de notre président Gabriel !

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La cima Missun est toute proche, avec ses falaises qui plongent dans la vallée. Mais nous l’abordons en douceur, par des pentes à l’inclinaison complice…Du sommet, nos encadrants repèrent le secteur que nous irons explorer le lendemain, en plein dans le mille du massif du Marguareis : on n’y voit que du blanc ! Vivement demain !

 

Mont Bertrand

Groupe, Colla Rossa

Sur l’élan de la redescente, nos chefs vont-ils nous faire grimper en haut du Mont Bertrand ? Non, halte pique-nique à Colla Rossa, avant une redescente sans problème, direct azimut sur Upega. La neige est excellente. Nous l’aimons tant, cette douce neige, que nous la savourons jusqu’aux ultimes rubans blancs qu’elle a laissés dans la forêt, ce qui nous oblige sur la fin à opter pour le mode « raquette de combat », afin de passer sous les branches, enjamber quelques troncs, ou sauter une marche de géant… la belle boucle se termine enfin au porte  du refuge.

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Installation dans les chambres de la locanda, ou dans les dortoirs du rifugio, situé dans une maison du village, à quelques dizaines de mètres du gîte principal : nous prenons tout d’assaut ! Gabriel tente de superviser notre installation, mais le mini-tsunami de 39 personnes qui s’éparpillent, bien décidées à dormir dans ce lit-là et pas ailleurs, ne lui facilite pas la tâche !

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La fin de la journée est un grand classique : réhydratation au bar du gîte, douche chaude pour les plus rapides ou les plus chanceux, puis à table ! Comme pour un banquet, toutes les tables du restaurant sont regroupées en un grand « U ». Soupe au chou ou pasta, veau en sauce aux pommes sautées (ou sa variante végétarienne, sans morceaux de bête à cornes dedans) et panacotta : un régal ! Qui sera arrosé, comme il se doit, d’un cépage Barbera… Tiens, mystère : il semblerait qu’une âme généreuse ait pris à son compte le vino et le café du groupe. Moi, j’ai ma petite idée sur l’identité de notre bienfaiteur…

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Non, ce n’est pas un effet du Barbera : dehors, il neige sans discontinuer depuis un moment. Tout est blanc. Au matin, une couche d’une dizaine de centimètres de fraîche recouvre les voitures, les maisons, les champs.

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Et la route, toute blanche elle aussi… Pourrons-nous monter en convoi jusqu’à Carnino superiore, point de départ de notre deuxième jour de rando ? Denis suggère qu’on fixe les pelles à neige à l’avant d’une voiture, pour bricoler un genre de chasse-neige…Mais c’est jour de chance : finalement, il n’y a pas tant de neige que ça sur la route. Tout heureux de notre bonne fortune, nous accédons donc sans difficulté au Parco Naturale del Marguareis.

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IMG_8075Patrick contrôle consciencieusement les DVA. Mais heureusement que quelqu’un contrôle Patrick, qui n’a chaussé qu’une raquette…Les deux groupes partent ensemble plein ouest, raquettes aux pieds, pour un cheminement commun. Par une série de gradins, nous avançons en direction de gorges encaissées. Un passage déversant et délicat, la Gola de la Chiusetta, nous oblige à ralentir l’allure et à redoubler de prudence. Denis, Mario et Annie, en tête, nous préparent une bonne trace que nous ne lâchons pas d’un centimètre…

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DSC05677Une fois franchi ce mauvais pas, les deux groupes se séparent : le G1 oblique vers le nord où culmine la Punta Marguareis, tandis que le G2 continue, Gabriel en tête et Tony en fin de peloton, en direction du large Colle dei Signori, si caractéristique, juste sous lequel est niché le refuge Don Barbera. Le vallon s’élargit, et la montée vers le col se poursuit agréablement, sans difficulté notoire, sous un ciel redevenu d’un bleu intense.

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Le refuge est fermé. Mais une vaste cabane accueillante permet à nos 12 copains de casser la croûte à l’abri, sans pour autant perdre une miette de ce paysage exceptionnel. Le retour sur Carnino se fera par le même itinéraire.

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Pendant ce temps, les 27 du G1 poursuivent leur progression émerveillée vers le sommet, longtemps invisible, à travers des paysages de plus en plus sauvages, de plus en plus ouverts, de plus en plus surprenants. De longs vallons en larges crêtes, de rudes (longues) montées en raides (courtes) descentes, on se rapproche de plus en plus… du ciel !

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Patrick, qui ouvre l’œil et surveille le groupe d’en bas, nous exhorte à tenir les bâtons « en ramasse » dans les montées les plus raides : « Quand on part à la guerre, on ne laisse pas le fusil dans le sac ! », sous-entendu : il faut être prêt, en cas de glissade, à utiliser de suite les bâtons pour se freiner. Sur les photos, on voit les bons élèves…

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IMG_8084Des perspectives étonnantes s’offrent à nous, falaises et contreforts de calcaire noir, qui dominent des vallons secrets, sans la moindre trace humaine ou animale. Nous sommes au cœur des paysages de ce grand karst d’altitude, lunaire l’été, sauvage l’hiver. Une expérience hors du temps, comme celle de Michel Siffre, menée en 1962, au fond du gouffre de Scarasson… précisément dans le massif du Marguareis !

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Il faut toujours avoir un géologue à portée de main, quand on randonne dans des secteurs inconnus : grâce à Vincent, nous apprenons que ces « trous », que certain(e)s prennent pour des terriers de marmottes (bonjour la taille des marmottes…), sont en réalité des cheminées, qui donnent sur des puits, qui débouchent sur des gouffres ! Gare à ne pas mettre le pied trop près du « terrier », on risque de se retrouver 500 mètres plus bas, et bonne chance pour remonter avec les raquettes aux pieds !

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Ce massif est un paradis pour spéléologues, au sous-sol richissime en cavités, réseaux, canyons, dont certains sont encore à topographier, avis aux amateurs ! Mais écoutons plutôt Vincent :

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« Le Marguareis est un karst : un plateau calcaire parcouru de nombreux réseaux formant parmi les grottes les plus profondes des Alpes-Maritimes (jusqu’à -500m de profondeur pour l’Ail mais jusqu’à plus de 600m de profondeur côté italien de la frontière). Un haut-lieu de la spéléo où de nombreuses explorations sont en cours par les spéléologues. On aperçoit d’ailleurs le petit refuge du Castel Frippi du Club Martel sur la photo.

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<<Sous terre, la température de l’air est constante, c’est la moyenne annuelle de la température du massif (de la roche) liée à l’altitude, l’hygrométrie y est élevée.  12-14°C dans les cavités de st Vallier 8-9°C dans les cavités de Caussols et Calern. 0.5-3° dans les cavités du Marguareis

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En fonction de la température extérieure, l’air d’une cavité semblera chaud ou froid selon la saison alors qu’en fait sa température reste inchangée, ce qui donne l’impression que l’air sort chaud et humide en hiver et froid en été. Ce n’est donc qu’un ressenti.Ce phénomène permet aux spéléologues de découvrir des cavité grâce à la neige. On dit qu’un trou « déneige ».  A cela s’ajoute les différences d’altitude et les volumes souterrain qui créent un véritable courant d’air un peu comme quand on ouvre 2 fenêtre dans une maison.

Calpier, Malédie, Gélas

 

Plus le gradient est élevé et surtout pus les volumes souterrains sont importants, plus le courant d’air sera fort. La simple détection d’un courant d’air et de ses variations est déjà un signe de l’ampleur d’un réseau souterrain.  L’hiver est une période propice pour la prospection sur les karsts pour repérer de nouvelles grottes potentielles en repérant les zones soufflées, sans neige. » …( précisions de Pascal de la section spéléo)

 Argentéra

Le viso

Mais c’est pour atteindre les hauteurs que nous sommes là, pas pour visiter les profondeurs ! Un dernier coup de collier, et nous émergeons enfin au sommet, pile à la croix qui marque ce point mythique. Quel bonheur d’être là… Tout l’arc alpin est visible, et on réalise qu’on est ici vraiment tout au bout, tout au sud. Les jours de grand beau temps clair, on voit du Cervin à la Méditerranée, quel incroyable mirador que cette Punta Marguareis…

 refuge Garelli

Attention à ne pas trop s’approcher du bord de la falaise : elle domine les prestigieux couloirs des Génois et des Turinois qui font face au refuge Garelli que nous désigne Mario, en contrebas. Il est difficile d’imaginer que de tels précipices puissent brutalement succéder à ces douces combes que nous venons de traverser…Tel est le charme du Marguareis.

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Le froid et le vent nous chassent du sommet où nous nous serions bien attardés encore un peu mais… la redescente sera longue. Une rapide pause pain-jambon-chocolat, et nous prenons le chemin du retour, par un vallon affluent à notre itinéraire de montée, testé précédemment par Mario, et qui sera l’occasion de faire du ski à raquette (oui-oui). La neige, idéale, contribue à la perfection du moment.

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Nous voilà de retour aux voitures, G1 et G2 presque en même temps, les yeux encore pleins de ces sublimes grands espaces, mais déjà embués de nostalgie : il faut vraiment repartir ? Oui, mais à condition que ce soit pour mieux revenir.

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Mille mercis, mille bravos pour ces deux belles traces à notre équipe d’encadrement et à tous les bénévoles qui les assistent de leur mieux. Le rêve est à portée de raquette, et un rêve réalisé, c’est de la joie. Et là où il y a de la joie, le bonheur n’est pas loin.