Dimanche 24 février 2019 : Abîmes et Abisse…

G1 : Roche de l’Abisse (2756 mètres) depuis Castérino

Dénivelée : 1500 mètres   Distance : 18,5 kilomètres

G2 : fort de Giaure (2260 mètres)

 

Amandiers en fleurs dans la vallée… Pourtant, la piste de la baisse de Peïrefique est, comme souvent, à la limite du praticable dans son tiers inférieur, avec des zones gelées et des zones complètement déneigées. Quelques skieurs de rando font demi-tour en nous souhaitant bonne chance, fort dubitatifs lorsque nous leur apprenons que nous montons « vers » l’Abisse… D’autres nous demandent en riant de marcher à cinq de front pour leur damer largement le terrain… preuve qu’on peut se côtoyer, voire collaborer en montagne, skieurs et raquettistes !

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Contrôle des DVA à la passerelle (émission, réception et re-émission, car il est préférable de vérifier que personne n’est resté en réception), et c’est parti pour la baisse de Peïrefique, dans les pas de Gabriel, Annie, Patrick, Eric et Tony. Nous sommes 33 à prendre le départ. Heureusement, dans nos rangs, nous avons le plaisir de compter quelques Mac Givers bien outillés : à 20 minutes des voitures, voilà une raquette qui fait des siennes, et en voilà une autre qui sème crampon et vis dans la neige…

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G1 et G2 arrivent avec un petit décalage à la baisse de Peïrefique pour une première courte pause. Comme nous avons été sages, nous avons droit à un su-sucre : un peu de descente à rythme forcé vers le vallon de Caramagne, histoire de fatiguer d’autres muscles que ceux dévolus à l’effort de la montée…

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À peine le temps d’entrevoir oratoire, caserne et gias : nous voilà déjà en train de charger les raquettes sur le sac au départ du sentier d’été, pour une bonne demi-heure de grimpette neige-rochers-buissons des plus printanières. Puis, une bonne fois pour toutes, nous chaussons nos raquettes bien-aimées pour rejoindre le fort de Giaure en suivant grosso modo l’itinéraire « hiver » qui emprunte une longue (si longue…) épaule, en gardant en ligne de mire le sac jaune de Patrick : « Tous derrière et lui devant », comme dans la chanson.              Eric, Tony et le G2 choisissent, eux, de passer par la combe où zigzague le sentier d’été.

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« Le fort de Giaure, le plus élevé des ouvrages du col de Tende, a été construit entre 1883 et 1884 à 2260 mètres d’altitude, sur la cime du même nom. Cet ouvrage, qui est une batterie pour un armement de 10 pièces d’artillerie, bat tout le haut bassin de la Roya et de ses affluents. L’ouvrage est entouré d’un fossé continu, dont la défense est assurée par deux galeries de contrescarpes à feux de revers logées dans deux angles opposés, et une casemate de type caponnière, adossée à l’escarpe du front de gorge à l’angle nord-ouest. Les locaux du casernement concentrés sur le front de gorge sont couronnés d’un parapet d’infanterie avec créneaux de fusillade. Sur le front d’attaque, l’artillerie est établie sur des emplacements à ciel ouvert séparés par 5 traverses-abris. Une route de 5 kilomètres de longueur, en partie disparue suite aux éboulements, relie ce fort au fort de Pernante. » (Source : Ouvrages et fortifications dans les Alpes-Maritimes, site web).

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Aujourd’hui, en ce début de XXI-ième siècle, la frontière est tout à fait paisible. Pas de drapeaux orgueilleux, de tirs d’artillerie ni de canonnades, mais c’est un agresseur à qui la notion d’état est tout à fait étrangère qui nous prend pour cibles : le grand méchant vent ! Pourrons-nous poursuivre jusqu’au sommet en bataillant contre ses assauts ? La roche de l’Abisse est visible devant nous, bien blanche sur un ciel bien bleu, mais encore si lointaine, tout au bout de l’interminable Pra Giordan… Six skieurs, tout minuscules dans la grande pente terminale, se chargent de nous donner l’échelle, et un coup au moral par la même occasion…

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Tony et une partie du G2 se sont arrêtés au fort. La vue y est déjà magnifique, sur le Marguareis tout proche. Une autre partie du G2 poursuit sa marche, menée par Eric qui fait « prendre l’air » à un genou convalescent. Certains s’arrêteront juste sous la grande pente qui mène au sommet, là où le G1 vient de troquer raquettes contre crampons.

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En quelques lacets, la trace nous mène sur la crête-frontière puis, par une courte traversée un peu exposée et avec vue plongeante sur l’Italie, jusqu’à la croix du sommet. Quel bonheur… Les uns après les autres, fatigués mais ravis, nous prenons pied sur les quelques mètres carrés de terrain presque plat : le sommet, point coté 2756. Janine, Stéphane, Alain, Christine, Frédérique… : dans nos yeux et dans nos souffles courts se mêlent intimement bonheur, fierté, et vrai soulagement ! Et, comme par magie, il n’y a plus de vent !

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Et voilà Eric qui arrive à son tour au sommet (et à raquette, s’il vous plaît !), après avoir mis son petit groupe en sécurité. On ne sait pas si son genou est content du voyage, mais lui oui, et ça se voit !

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Gabriel nous régale d’un tour d’horizon commenté, lui qui connaît si bien ce secteur, et il pointe les sommets qui seront peut-être au programme de notre prochain week-end à Palenfre. Du haut de l’Abisse, la notion « d’arc alpin » prend tout son sens : loin devant nous se dessine une immense courbe blanche, ponctuée de massifs caractéristiques : Viso, Monts Blanc ou Rose, Cervin… Nous sommes tout au bout de l’arc, qui s’achève les pieds dans l’eau bleue de la Méditerranée : une exceptionnelle leçon de géographie grandeur nature ! Les photographes s’en donnent à cœur joie.

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Prudente redescente depuis le sommet, plus directe que la montée, mais la neige nous l’autorise : les crampons s’ancrent bien, et les marches sont franches. Mais on sent déjà que la douceur ambiante a commencé son travail de sape… La neige s’humidifie, et porte de moins en moins.

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Un pique-nique « à  l’heure heure espagnole » nous réunit à l’abri du vent, dans les fossés du fort de Giaure. Le G2 a préféré prendre de l’avance et est déjà bien engagé sur le chemin du retour. il s’agit de prendre des forces : tout le monde lorgne sur la baisse de Peïrefique. Pour l’instant elle est bien plus basse que nous, mais bientôt elle sera bien plus haute, et il faudra repasser en configuration « montée »…

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Longue redescente vers le vallon de Caramagne, sans lâcher les raquettes pour certains : Gabriel semble décidé à nous tester en mode « tout terrain », pas question de le décevoir… Somme toute, les raquettes accrochent très bien, voire mieux que des chaussures, sur l’herbe, dans les rhododendrons et sur les branches basses de mélèze. Il faut juste ouvrir l’œil…

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Pour la remontée à la baisse de Peïrefique, le grand groupe se scinde en plusieurs petits groupes menés par autant de leaders improvisés, avec des allures décroissantes des premiers aux derniers. Derrière Philippe et Stéphane, je me répète avec gratitude que mon choix est le bon, puisque la montée se fait (presque) sans effort et (presque) sans fatigue.

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Et comme s’il manquait un peu d’aventure à notre riche expérience du jour, nous redescendons évidemment par le vallon de Cardon, petit bonus que n’aurait pas désavoué un Indiana Jones montagnard. Pour éviter le châtiment de la piste du matin (personne ne semble y tenir), nous allons devoir jouer aux explorateurs et naviguer à vue entre torrent, rochers, arbres, raides pentes à glissade, racines embusquées et raquette sur herbe. Les bras travaillent autant que les jambes…

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Tous ces efforts nous ramènent progressivement à la douceur des rives du torrent et des pistes de ski nordique. Les aboiements des chiens de traineau saluent notre retour à la civilisation.   Le soir tombe. Nous avons mis une heure de plus que lors de notre dernière ascension de l’Abisse : certes, un grand groupe implique une plus grande inertie, mais il est plaisant de marcher en bonne compagnie…

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Et c’est donc en bonne compagnie que nous nous échouons au Prieuré de Saint-Dalmas-de-Tende. Remarque intéressante : la fatigue ne semble pas avoir de prise sur notre goût marqué pour les fondants au chocolat, les cakes aux fruits, les biscuits maison et les cookies aux fruits secs. La nuit est tombée lorsque nous sortons du bar : nous éviterons donc les embouteillages liés au corso, aux citrons et aux oranges…

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Un grand et chaleureux merci à tous nos encadrants pour nous avoir permis de réaliser cette ascension trois étoiles, un des beaux fleurons du palmarès de la section raquette alpine.

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