Dimanche 24 mars 2019 Tête de Combe Grosse (2795 mètres) Par le Pas du Loup (2693 mètres)

Dénivelée : 850 mètres ; distance : 8,5 kilomètres

14 personnes ! Dont 3 encadrants, Gabriel, Michel et Tony… Cela fait bien longtemps que nos sorties raquette n’avaient pas eu ce petit côté détendu et presque familial, qui fait qu’il devient possible de côtoyer et parler à tout le monde plusieurs fois au cours de la même journée…

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Direction Isola 2000, où se prépare la première manche du slalom « hommes » du championnat de France de ski. La radio de Tony capte toutes les conversations du staff et de l’organisation. Miracle (ou inconvénient) des ondes baladeuses : nous pourrons suivre l’événement en direct. Nous aussi, nous attaquons notre slalom hebdomadaire, mais en remontant les pentes, c’est plus original. Nul besoin de fanions, piquets et portique d’arrivée : nous savons par où passer pour rejoindre les lacs de Terre Rouge.

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Un petit quart d’heure de portage ? Broutilles ! Après avoir traversé ce qui est, l’été, un grand pré de tourbières, nous attaquons la remontée du vallon de Terre Rouge et chaussons là nos raquettes. Michel, pour nous donner du cœur à l’ouvrage, improvise un hymne montagnard à la gloire de notre activité dominicale, et trouve spontanément une rime riche au mot « raquette » (qui n’est pas « biquette », mais non). Quel talent.

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Jean est venu faire un repérage du secteur en fin de semaine : ses photos vont aider Gabriel à décider si nous irons vers la baisse de Druos, pour le tour classique de Tavels, ou vers le pas du Loup, pour la cime Vermeil, ce qui serait inédit pour le groupe raquette alpine. L’enneigement est satisfaisant au niveau du lac inférieur de Terre Rouge, alors pourquoi ne pas opter pour la nouveauté, toujours si séduisante ? A gauche toute. Le temps de boire un petit coup, nous partons en direction du pas du Loup ouest.

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Le secteur est sauvage, et d’un calme… Comme on se sent loin de toutes les chinoiseries de la vie en ville… Le Malinvern nous regarde de très haut, retranché au sommet de ses falaises, couloirs, éperons et autres arêtes.

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Bien que deux ou trois intrépides (de sexe masculin évidemment, crâneurs…) aient fait le choix de grimper le pas du Loup à raquette (hououou ! le pas du Loup à raquette !), la majorité du groupe opte pour la sécurité et un équilibre un peu plus confortable en chaussant les crampons. La pente se redresse de plus en plus, et la sortie du pas s’effectue, au choix, à plat ventre ou à quatre pattes, en se faisant léger-léger sur les derniers barreaux de cette échelle de neige.

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Ambiance ! Le versant italien impressionne toujours par son aspect sauvage et austère. Le refuge Città di Ceva, ou du Malinvern, est visible tout au fond de la vallée, dans de douces zones de forêts… Mais nous, perchés sur notre pas du Loup, nous sommes encore dans la zone des couloirs de neige et des barres rocheuses.

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DSC04937L’itinéraire qui monte vers la cime Vermeil et celle de la Lombarde n’est pas visible dans son intégralité. Comme le dit poétiquement Gabriel : « ça encorbelle »… Mais, malheureusement pour nous, ça encorbelle dans des pentes raides de neige dure voire gelée, tout un vaste secteur qu’il nous faudrait traverser à flanc, au-dessus de barres rocheuses et de longs toboggans à l’inclinaison hargneuse. Gabriel et Michel partent inspecter les voies de descente possibles mais, à leurs oreilles basses et à leurs mines déconfites, on comprend vite qu’on est dans une voie pour nous sans issue. Nous retournons vers le pas du Loup dans une file indienne morose.

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C’est alors que Gabriel, frappé par une soudaine illumination, avise un sommet frontalier sur lequel personne n’avait encore levé les yeux, juste à l’ouest du pas du Loup : la tête de Combe Grosse. Pour stimuler ses troupes, qui chaviraient déjà dans la moelleuse perspective d’un retour précoce à la maison, il nous démontre (ou tente de le faire) que Combe Grosse, « c’est même pas raide ! ». Et comme il commence à tracer dans la pente sans se retourner, et qu’il n’est pas question de laisser notre cher président vivre sans nous la suite de l’aventure, et bien… nous le suivons…

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Prudemment, lentement, crampons aux pieds et piolet en main, nous gravissons la longue pente qui mène au sommet, tantôt en neige dure, tantôt en bonne neige, longeant parfois des îlots de rochers, coupant parfois droit en direction du sommet. On se doute bien que Gabriel, en tête, doit donner toute son énergie pour nous sculpter un si bel escalier. Vincent et Alain, dans ses pas, accentuent les marches. Michel et Jean, à l’aise et vigilants, sécurisent certains passages par leur seule présence (c’est ça, le charisme…), en particulier lors des changements de direction, ou lorsque la neige, plus dure, ne se laisse pas facilement mordre par les crampons.

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Ouf ! Le sommet ! Mais maintenant, par où allons-nous bien pouvoir en descendre ? Voie sans issue : donc obligation de revenir par où nous sommes montés ! Grimaces et moues désapprobatrices de ces dames, mais déjà Jean nous harangue du haut de son rocher, expliquant où et comment poser les crampons pour ne pas détruire les précieuses marches, afin de ne pas se faire haïr des suivants. Il démarre le premier, suivi de Tony, Gaby et Janine. Tout en marche arrière, bien sûr… car cette pente est une vraie de vraie… Gabriel ferme la marche, avec une vue d’ensemble sur la petite troupe, soudain silencieuse et appliquée. Cent mètres de dénivelée à redescendre à quatre pattes, ça en fait, des marches…

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Intérieurement, je chante les louanges de Marie-Françoise, dont les crampons seront au niveau de ma tête pendant toute la durée de l’opération et qui, calme et assurée, jamais ne me causera le moindre soupçon de frayeur… Je chante les louanges de Michel, à mes pieds, le visage au niveau de mes crampons fraîchement aiguisés, guidant parfois mon pied droit ou mon pied gauche jusqu’à la bonne marche, et allant même jusqu’à détendre l’atmosphère en vantant les vertus de cet exercice sur la fermeté des muscles fessiers, dans la perspective de la saison des maillots de bain qui arrive, etc…

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Regroupement au pas du Loup, dans le soulagement général et la reprise des conversations et des rires ! La vision de la dernière pente qu’il reste à descendre ne nous fait plus ni chaud ni froid : Combe Grosse nous a vaccinés contre nos habituelles appréhensions. L’un après l’autre, nous enjambons allègrement la frontière franco-italienne qui ressemble un gros garde-fou de neige. Dès le premier pas côté français, on n’aperçoit plus de nous que le haut d’un bonnet ou d’une casquette, c’est dire à quoi ressemble la pente qui file sous nos pieds…

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Mais ce n’est l’affaire que de dix petites minutes de self-control pour éviter toute glissade, et nous pouvons faire une pause sur des rochers tout chauds pour enfin ! manger quelque chose. Nous terminons par un retour sans difficulté à la station : hormis le fait que la neige porte de moins en moins et qu’il faut faire des efforts pour se maintenir en surface sans palmes ni tuba, la tension s’est envolée et la vie semble bien légère…

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Les bars du village étant fermés, nous nous installons sur les marches de l’église pour partager les gâteaux de Marie-Françoise et Gaby, tout en buvant quelques goulées bien fraîches à la fontaine voisine. Espérons que le bon dieu s’est bouché les oreilles, car les blagues de Tony et Michel et nos fous-rires prennent très vite un caractère païen bien marqué. Ah, les vertus incomparables du rire, pour libérer la tension d’une journée nettement plus verticale que de coutume…

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Merci à nos amis encadrants. Gabriel, pour cette cime subsidiaire, délicieux plat du jour que tu nous as mitonné à la sauce adrénaline ; Michel pour tant de calme en situation pentue et tant de bonne humeur en général ; Tony, pour tant de constance aux permanences du vendredi, même si tu as souvent l’aide de plusieurs de nos gentilles copines !

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