Archive pour avril 2019

Week-end de Pâques : héroïque séjour dans le Dévoluy !

 

Nous sommes rarement partis si loin lors de nos précédents week-ends de Pâques, mais pour découvrir les merveilles secrètes du Dévoluy, nous sommes prêts à faire un peu plus de route qu’à l’accoutumée… En dépit des annulations de dernière minute (un peu cavalières, soit dit en passant), nous sommes 28, dont Annie, notre organisatrice, Patrick, Denis, Eric, Vincent et Tony. Nous avons en main nos feuilles de route, tout est parfaitement organisé, décrit, listé : Annie fait toujours bien les choses.

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Petit arrêt-café-regroupement sur l’aire d’Aubignosc, pour récupérer quelques personnes. Puis au col de Festre, où nous en retrouvons plusieurs autres, parties la veille et déjà bien acclimatées, les veinards. La palme à Camille, cette année : un aller-retour Angleterre-Dévoluy-Angleterre pour le plaisir de partager trois jours dans les Hautes-Alpes avec le groupe !

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Samedi 20 avril 2019 : Sommet du Chauvet (2062 m) au départ du col du Festre ( 1442m) : 700 m D+

 

Les voitures sont garées au col du Festre (1442 mètres), sur le grand plateau où se pratique, l’hiver, le ski nordique. Les pistes de la Joue du Loup sont en vue. Mais nous leur préférons nos raquettes, puisqu’il s’agit de monter à la seule force du jarret au sommet du Chauvet, loin des remontées mécaniques…

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Première randonnée de mise en jambe, premières impressions sur le Dévoluy, sa neige, ses reliefs, ses horizons. Massif de transition entre Alpes du Sud et Alpes du Nord, il est le paradis des spéléos autant que des grimpeurs, et de façon plus large, de tous les amoureux de belles montagnes authentiques. Tour du Dévoluy, Tour du Buëch, plusieurs GR sillonnent le massif, pour le plus grand plaisir des randonneurs sur herbe bien verte et rochers bien gris, le tout sous un ciel bien bleu.

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Une montée sans histoire jusqu’à notre premier sommet, dans une belle combe très enneigée, avec déjà une vue qui s’ouvre vers le Grand Ferrand et l’Obiou. Une pause au sommet du Chauvet, et nous enchaînons avec la crête qui descend, puis remonte à la tête de Merlant, avant une descente puis remontée à la tête du Jas des Arres. Puis une descente définitivement « descente » jusqu’aux voitures. Nous faisons une petite halte à la fromagerie Les Chanterelles, dont Annie nous vante les yaourts à la crème de marron : « un délice ! »        

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Et nous prenons nos quartiers au gîte d’étape le Liéraver, à Saint-Etienne-en-Dévoluy. Les noms sont déjà sur les portes des chambres, ce qui évite les tractations de dernière minute… Premier pot de fin de journée, avec vue sur le pic de Bure. Premier dîner, à base de pâtes. Premier briefing-limoncello du soir, dans une confortable salle réservée à la détente :

 

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Annie nous décrit l’itinéraire du lendemain, insiste sur les consignes de sécurité, le matériel à emporter : c’est à la fois excitant et un brin inquiétant, et ce sera une découverte pour tout le monde… Essayons de dormir, maintenant, et peut-être de faire de beaux rêves… C’est ce qu’on souhaite en particulier à Michel, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire. Tout le monde veut lui expliquer comment fourrer sa tête dans son cadeau, un Buff vert pomme assorti à sa doudoune, et ce n’est pas triste… 

Dimanche 21 avril 2019 : plateau de Bure ( 2709m) par la Traversée Héroïque et la combe Ratin : 1200 m D+

 

 Qui avait déjà entendu le mot « chourum » ? Pas moi. Définition : « grottes et tunnels naturels d’altitude où la neige s’accumule, permettant aux connaisseurs de se frayer un passage à pied, à ski ou en rappel ». (Antoine Chandellier, Dans les entrailles du Dévoluy, Le Dauphiné, 08.02.2016)

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 Direction notre chourum, celui qui a perforé, au fil des millénaires, le calcaire de la montagne de la Corne, et qui est baptisé « Traversée Héroïque ». Rien que ce nom, ça vous donne des frissons dans le dos… Une variante sur la voie normale du pic de Bure au départ de Saint-Etienne-en-Dévoluy, mais une variante étoilée…

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Nous laissons les voitures au pied de la station du téléphérique de l’IRAM qui rejoint l’observatoire du plateau de Bure. L’échauffement est bref, mais intense… et voilà déjà le moment de chausser les raquettes. Nos sacs sont lestés des piolets, crampons, casques, baudriers, sangles, machards et mousquetons. Et des cordes, pour les plus musclés du groupe… Un bon rythme est donné par Annie, et nous remontons la combe de Corne en guettant l’apparition du fameux chourum…

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Mais tout comme un sommet, un chourum… ça se mérite… Il faut vraiment arriver à l’aplomb du sommet de la Corne pour deviner l’amorce du couloir de neige qui donne accès aux mystères promis.

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Tout d’abord, mettre les crampons, les casques et enfiler par précaution les baudriers ; puis remonter la pente jusqu’à toucher la falaise, immense et impressionnante falaise ; et, enfin, pousser des oh ! et des ah ! en découvrant le début du couloir, coincé dans une diagonale entre falaise et falaise, invisible d’en bas : les choses sérieuses viennent de commencer, concentration et prudence sont désormais obligatoires, et pour un bon bout de temps.

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IMG_4831En tête, nos traceurs font de bonnes marches, et la neige inspire toute confiance : c’est en condition, quelle chance ! La première partie du couloir est rapidement gravie, et sur les photos nous avons encore des sourires béats…

 

 

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Soudain, un choc : deux grands yeux de lumière apparaissent dans la montagne : la sortie du chourum ! Impassibles, lointains, ils semblent nous observer, tandis que nous sortons nos piolets pour entrer dans la grotte-tunnel de la Traversée Héroïque. Les jours de beau temps, le chourum a les yeux bleus. Aujourd’hui, ils sont gris… gris comme le ciel que l’on ne voit déjà plus. Des chocards rentrent en criant sous les voutes : leurs nids doivent être là. Quelques flocons de neige volent.

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Par endroits, le sol n’est plus enneigé, mais il est couvert de rochers et cailloux de toutes tailles, qui ne demandent qu’à rejoindre des plans inférieurs avec une totale liberté d’itinéraire… La prudence redouble. Il y a quelques ressauts à franchir dans ces conditions peu réjouissantes. Denis s’installe à un point stratégique du premier ressaut pour nous guider. Une corde est installée, elle fera office de main-courante pour nous aider dans notre progression vers l’œil gauche du chourum, là où est la sortie.

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Ces yeux incroyables, que l’on croyait tout petits, ils n’en finissent pas de grandir, grandir, grandir : le bout du tunnel est donc encore bien loin… Tout minuscules dans notre cathédrale minérale, nous progressons en file indienne, dans un bel élan symbolique vers la lumière et l’air libre, parfaitement adapté à un matin de Pâques…

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Nous retrouvons la neige, puis nous trouvons la glace… La pente s’est encore redressée, par endroits elle est à 45°. Une seconde corde (« Alix ! monte ! ») est installée pour sécuriser le dernier ressaut, en neige gelée et caillasse perfide : une main-courante ne fera jamais le job à notre place, mais c’est tout de même bien rassurant pour l’apprenti alpiniste, dans cet environnement où le vide est omniprésent. Il suffit de jeter un coup d’œil dans le rétro pour comprendre que le moindre faux-pas serait lourd de conséquences. Les sourires ont disparu, remplacés par une certaine gravité, et une attention, voire une tension presque palpable.

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Bien rassurantes aussi, les voix et les présences de Jaja, Michel, Eric, Vincent, et de quelques autres, plus à l’aise, et soucieux de guider tout le monde vers les lieux sûrs d’où Annie et les premiers sortis surveillent attentivement la progression du groupe. Une dernière pente très raide, en terre, et nous prenons pied sur le plateau sommital de la Corne, crottés comme des spéléos mais radieux comme des alpinistes !

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Nous sommes sortis du chourum, et la Traversée fut effectivement Héroïque ! Le regroupement fait sur des sols enfin horizontaux, nous repartons vers la suite de l’itinéraire, que nous désigne Annie : la combe Ratin, puis le plateau de Bure ! Deux groupes se forment : un petit groupe mené par Eric va redescendre par le vallon qui borde la Corne à l’Est, tandis que le reste des troupes se dirige vers… plus loin et plus haut.

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Tandis que nous chaussons à nouveau les crampons, Patrick, parti en éclaireur, teste la neige dans une longue traversée exposée : réserve de neige au-dessus, barres en-dessous… Très espacés, nous passons les uns après les autres, dans une vigilance qu’il est impossible de relâcher.

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Mais une fois franchi ce passage délicat, la combe Ratin prend un profil plus « raquette » même si nous gardons les crampons et, après un dernier coup de collier dans le raidillon terminal, nous arrivons en plein vent, en plein ciel, en plein plateau de Bure, au pied de la gare d’arrivée du téléphérique !

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Les coupoles des télescopes qui auscultent en permanence le ciel donnent une ambiance de science-fiction au décor. Annie aimerait tant que nous poursuivions jusqu’au sommet, il est vrai que c’est l’occasion ou jamais… Mais il est encore à 2,6 kilomètres du site de l’observatoire, même s’il est à moins de 200 mètres de dénivelée. Le projet est finalement abandonné et, malgré toute la conviction, la persuasion et la déception d’Annie, la décision est prise de rentrer par le même itinéraire. Le froid règne sur cet immense plateau ouvert aux quatre vents. Le pique-nique est vite expédié, et nous dévalons la combe Ratin à grandes enjambées dans une neige excellente, avant de retrouver les traces du G2, la forêt, puis les voitures.

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Avant de reprendre le chemin du gîte, nous faisons une halte devant le mémorial érigé au pied du téléphérique, en hommage aux 20 victimes de l’accident du 1er juillet 1999, tous des jeunes, ouvriers et scientifiques qui partaient travailler à l’observatoire… Pour eux et pour nous, c’est pourtant le même décor : la forteresse minérale du pic de Bure qui domine des vallons enchanteurs. Pour eux la tragédie, pour nous la joie d’une journée riche qui a tenu ses promesses…

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Vite se réhydrater ! Sous la douche ou devant un verre, ou les deux… Philippe B nous fait un petit exposé sur le site de l’observatoire et son réseau de radiotélescopes mobiles, qui constitue un interféromètre millimétrique conçu par l’IRAM, et qui permettent de voir une balle de golf sur la lune ! Une tartiflette nous attend, suivie d’une tarte du Champsaur : le dîner est local, ce soir : on dévore. Le patron n’en finit plus de nous ramener de grands plats de salade verte…

 

Lundi 22 avril 2019 : pas du Follet (2162 m) : 850 m D+

 

Tony dit avoir entendu une tempête de vent dans la nuit. L’occasion pour Michel de vérifier que le pic de Bure est toujours au même endroit, ce qui semble mettre à mal cette histoire de coup de vent nocturne. « Fou-rire du matin, bonne humeur pour le chemin ».

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 Dernière rando, déjà. C’est le tour de la crête d’Âne qui est au menu mitonné par Annie. Mais un passage trop limite modifiera la boucle prévue en un aller-retour au Pas du Follet. Nous remontons le vallon d’Âne dans des combes magnifiquement enneigées, et nous croisons deux CAFistes de La Mure, qui avouent en riant aimer le Dévoluy parce qu’habituellement, on n’y croise pas grand monde… Mais aujourd’hui, le CAF de Nice est de sortie, amis skieurs…

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P1210745Montée au pas du Follet, tout contre le géant du coin, le pic de Bure et ses 600 mètres de falaises verticales. Notre copine Gaby évoque ses souvenirs : oui, c’était là, le bivouac, et c’était cette voie-là, avec son fameux point de non-retour… Bravo Madame ! On comprend mieux pourquoi vous étiez à l’aise hier, dans les ressauts du chourum !

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Pique-nique au soleil avant la redescente, un régal grâce à la neige simplement parfaite qui rend même les chutes esthétiques, pas vrai, Denis ?

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Camille aura la divine surprise de retrouver son piolet, égaré depuis la veille, accroché contre la voiture de Tony : les cloches de Pâques du Dévoluy distribueraient-elles du matos de montagne plutôt que des œufs en chocolat ? Merci à celui ou celle qui l’a ramené, bel esprit montagnard.

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Dernier pot de fin de journée au bar du col du Festre, avant de reprendre la route pour Nice : il faudra y retourner pour tester leur tiramisu, Alix nous a fait tellement envie avec le sien… Grand merci à l’équipe d’encadrement, Annie en tête évidemment, pour l’organisation de ce week-end qui sort vraiment du lot et restera dans nos souvenirs, avec le temps fort de la Traversée Héroïque. Gabriel, il ne manquait (presque) que toi, mais d’autres beaux projets t’ont accaparé, et on a tous pensé bien fort à toi

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 Et pour ceux qui ont trouvé facile la Traversée Héroïque, allez voir sur internet à quoi ressemble le Chourum Olympique au Grand Ferrand…

Dimanche 14 avril 2019G1 : tête de Sanguinière (2856 mètres) ou presque…

Dénivelée : 1250 mètres ; distance : 17 kilomètres

G2 : col de la Braïssa (2599 mètres)

 

« En avril ne te découvre pas d’un fil ». Et prévois même une petite polaire de plus dans ton sac à dos, c’est plus sage… La neige a fait un come-back inattendu (mais fortement espéré) : du coup les copains rejoignent les rangs, et nous voici 26 sur la ligne de départ, en comptant nos encadrants, Gabriel, Annie, Patrick, Vincent, Eric et Tony.

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Contrôle des DVA par Patrick, au pont de Saint-Dalmas-le-Selvage, les pieds dans l’herbe verte semée de petits crocus blancs. Si neige il y a eu, elle semble avoir cédé la place au printemps, mais il en faut plus pour attaquer notre mental : nous irons la chercher là où elle se cache, même très haut s’il le faut !

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D’une raquette décidée (le matin, la raquette est toujours pleine de bonne volonté), nous remontons le vallon de Sestrière par les raccourcis de la forêt. Il serait possible de chausser dès la balise 53, mais emportés par notre bel élan matinal, nous ne mettrons les raquettes que bien plus loin : la neige porte bien, et le rythme ne s’en trouve pas pour autant ralenti…

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Arrivés au niveau du refuge de Sestrière, nous quittons le vallon principal pour celui de la Braïssa. Voilà qui nous donne une première indication sur ce que nous ne ferons pas : éliminés, la tête Ronde de l’Escuzier et le col du même nom. Gabriel ayant réservé son choix pour décider sur place, nous savons désormais que c’est vers le col de la Braïssa que nous allons monter, puis (peut-être) vers la tête de Sanguinière ou le Jas de Léous.

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Vallon de la Braisse

L’enneigement est juste parfait dans le large vallon de la Braïssa, et la neige… un vrai régal de printemps, un cocktail sucre glace et sorbet ! Nous remontons un joli petit vallon jusqu’aux sources du torrent de la Braïssa, dominé par ces arbres énormes si caractéristiques, certains vieux de plusieurs centaines d’années : ils en ont vu passer, des randonneurs…

Cabane de la Braisse

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Le pied du col du Petit Valloar est une zone sanctuarisée « Tétras Quiet », matérialisée par des piquets et des cordes : laissons donc les tétras vivre en paix leur vie et leurs amours de tétras. Nous nous dirigeons vers le col de la Braïssa, on le sentait venir depuis un moment, à vrai dire…

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Au fond de cette combe, la longue crête de Sanguinière nous fait de l’œil, entre ses deux cols, Braïssa et Petit Valloar. Forcément, ça vous donne des idées de traversée…

 

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Tandis que le G2 d’Eric et Tony se regroupe au col qui constituera son but du jour, le G1 lève les yeux, toujours plus haut, vers la tête de Sanguinière. Le froid arrive d’un coup et coupe court aux discussions récurrentes dans la section raquette alpine sur le thème : on garde les raquettes, ou on chausse les crampons ? Vincent H, démarre en tête, suivi d’Annie, Patrick, Alix et Vincent M : ceux-là optent pour la première solution, tout à raquette ! Gaby et les suivants préfèrent mettre les mains dans la neige pour chausser les crampons, car on ne sait pas trop ce que va nous réserver cette belle croupe de neige qui monte vers le sommet.

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Sanguinière est le confluent parfait des vallées de la Tinée, du Var et de l’Ubaye, accessible aussi bien de Saint-Dalmas que d’Estenc et de Bayasse, et la vue que l’on a embrasse les quatre horizons. Toute la haute vallée du Var est à nos pieds, avec ses sommets parfaitement enneigés : autant de sommets que d’envies de grimpette, boulimiques que nous sommes… Plus austères, les sommets qui entourent le Trou de l’Âne : Fort Carra, Côte de l’Âne, Sanguineirette : beaux souvenirs pour les uns, projets à concrétiser pour d’autres.

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Nous progressons régulièrement sur de belles pentes de neige. Le sommet est à… combien ? 200 mètres maxi, et presque plus rien en dénivelée. Lorsque soudain se dévoile, insoupçonnable, « le » ressaut rocheux qui mettra fin à notre avancée conquérante, notre ressaut Hillary du jour…

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La montagne connaît toutes les ruses pour nous ramener, encore et toujours, à l’humilité, à la prudence, et à la raison. Il est plus difficile de s’arrêter à 15 minutes d’un sommet qui se découpe sur le ciel bleu que d’y renoncer au bout d’une petite heure de marche dans le brouillard… Surtout lorsqu’une trace parfaite aligne ses pointillés sur la neige immaculée du fameux ressaut, sur la fine arête de neige qui le précède et sur les corniches qui le suivent : c’est la trace d’un animal qui nous nargue, nous tente, et nous souffle que tout est possible…

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Nous sortons nos sandwiches, un peu déçus de n’être pas des quadrupèdes équipés de sabots, mais somme toute très heureux de notre ascension, même incomplète. Le chocolat de Jacques et la désormais célèbre grappa d’Alain tombent à point pour nous consoler de cette petite frustration.

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Deux traces de skieurs s’arrêtent là, elles aussi. Sur notre droite, nous reconnaissons l’itinéraire suivi l’an passé depuis le col de Sanguinière en direction de la tête du Colombier, dans un brouillard à tailler au piolet. En effet, Denis, tu avais raison : nous n’étions pas bien loin du sommet…

 

Col de la Braissa, Cime de la Clape, Cime de la Plate

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Sous un ciel toujours parfaitement bleu, nous amorçons la redescente de ce –presque- sommet, à grandes enjambées dans une neige excellente : un des grands régals de notre saison ! Plus bas, sur la neige qui était ce matin immaculée, nous laissons nos 26 traces côte à côte, chacun voulant déguster sa part de neige vierge à la descente… une vraie trace de rattrack qui balafre du haut en bas les vallonnements successifs que nous traversons. Puis toutes ces empreintes se regroupent jusqu’à n’en former plus qu’une, dans les passages plus étroits ou plus délicats où il est bien agréable de profiter de la trace du copain de devant…

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Le printemps effacera bientôt ces marques de notre passage, signatures éphémères sur un support tout aussi éphémère. D’énormes corniches festonnent les barres de la tête de la Clape, impressionnantes : mieux vaut ne pas être à proximité lorsque le redoux leur fera rejoindre le bas des pentes…

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Pour ne pas faire mentir l’enseigne du bar de Saint-Etienne « Lou ben manja », nous y déballons biscuits, pain d’épices et cookies, tout en trinquant au retour de la neige, qui vient de relancer une saison qui commençait à s’essouffler. Annie et Tony, listes en main, préparent déjà notre escapade pascale dans le Dévoluy : trois jours de découverte d’un nouveau massif, encore mieux qu’une pluie d’œufs en chocolat !

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Dimanche 31 mars 2019 : Pointe de Chaufrède (2731 mètres) et Pointe crête de Rougne (coté 2676 m.)

Dénivelée : 1065 mètres

Distance : presque 12 kilomètres

 

Espérons que ce n’est pas un poisson d’avril, avec un jour d’avance : Gabriel nous promet un chaussage sans portage… En ces temps de disette neigeuse, on demande à voir ! Mais c’est pourtant vrai : du blanc partout, et sous un ciel tout bleu ! Gabriel ne nous a pas menés en bateau…

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Nous démarrons à 18 de Bousiéyas : trois encadrants, Gabriel, Michel et Tony, pour 15 participants. Encore une sortie dans une ambiance paisible et chaleureuse, tellement en harmonie avec les paysages ouverts et accueillants que nous allons découvrir ou re-découvrir aujourd’hui…Le point de départ étant déterminé (Bousiéyas), il reste à présent à choisir le point d’arrivée pour faire notre photo de groupe : l’Alpe ? la pointe de Colombart ? la pointe de Chaufrède ? dans la perspective la plus optimiste : la cime de la Bonette ?

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Chaque chose en son temps : pour l’instant, nous remontons en rive gauche le cours du Rio en direction de la Cabane de l’Alpe. Le pastoralisme est encore actif, dans ces vastes alpages. Même si, pour l’instant, la future herbe verte dort encore sous une belle couche de neige pailletée.

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Yoann, puis Vincent M., sont victimes de la malédiction qui semble, depuis quelque temps, s’acharner sur notre matériel… Yoann réussira à tenir la journée avec une raquette bricolée. Mais Vincent, moins chanceux, devra passer en mode « crampons » au bout d’une heure de marche. En le voyant s’enfoncer à intervalle régulier dans des trous de neige, on mesure « sur le vif » tout l’intérêt de l’invention de la raquette…

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L’Alpe est trop peu enneigée pour mériter notre détour. Nous mettons le cap sur la pointe de Chaufrède : une belle épaule toute blanche semble en mesure de nous mener jusqu’au sommet. Gabriel nous fait une démonstration pour mesurer l’inclinaison de la pente, en se servant de ses doigts comme décrit dans « Survie boréale, le blog aventurier ».

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« Partez du principe que lorsqu’on ouvre totalement la main, l’écartement des doigts couvre 90 degrés. L’auriculaire étant le 0 degré donc, l’horizon, tous les autres doigts se déploieront selon l’ordre suivant de 30, 45, 60 et 90 degrés (le pouce) voir la photo. Reste à superposer la main à une pente pour évaluer l’inclinaison de celle-ci… tout ceci reste approximatif par rapport à la physionomie de tous et chacun. »

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Nous voici donc scientifiquement rassurés sur la nature de l’épreuve à venir, qui semble dans nos cordes. Nous partons donc confiants à l’assaut de la dernière pente qui rejoint la crête. Le sommet est à présent tout proche, accessible à pied, à crampons ou à raquette : le raquettiste se doit d’être polyvalent…

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20190331_100918284_iOSMagnifique belvédère que cette pointe de Chaufrède ! De la Grande Séolane à l’Oisans, du Cimet à Fort Carat, de la Bonette au Ténibre : tout est parfaitement visible. Beaucoup plus près de nous, à nos pieds, le col de Colombart se charge à vue d’œil de randonneurs à ski, snowboard ou raquette. Tous les amoureux de la montagne sont au parfum : la neige est là, le secret était difficile à garder…

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Devant l’arrivée imminente de nombreux prétendants au sommet, nous décidons de quitter les lieux pour aller pique-niquer au col. La neige, travaillée en profondeur par le soleil, porte déjà moins bien, et les raquettes s’ancrent de façon moins franche : prudence. Le travail du soleil, du vent, de l’ombre et de la lumière, a façonné des champs de petits pénitents de neige, tout à fait remarquables. On est loin des immenses pénitents de glace de l’Himalaya, mais ils attirent l’œil, petites créations éphémères à la beauté gratuite dont la nature n’est pas avare.

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Tandis que le groupe de Georges et Patrick entreprend à son tour l’ascension à ski (coucou Elisabeth !), nous étudions la suite de l’itinéraire qui passera par le col de l’Alpe, en guise de petite grimpette digestive.

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La pointe de Colombart, trop déneigée, est rayée de la liste. Par contre, le premier sommet de la crête de Rougne, point anonyme coté 2676, nous fait de l’œil et nous ne résistons pas à cette belle pente bien blanche pour la deuxième photo de groupe de la journée. Gabriel et sa garde rapprochée en profitent pour étudier le terrain d’une prochaine sortie : Sanguinière semble à point, tandis que le Salso Moreno paraît sur le déclin… mais le retour du froid et des flocons est annoncé pour le milieu de la semaine suivante, après presque 60 jours sans précipitations !

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Très agréable descente, cette fois en rive droite du Rio. Très agréable, sauf peut-être pour Vincent, toujours lié à ses crampons, et qui tente de tenir une conversation pas trop hachée avec Philippe, entre deux trous de neige. Au point de jonction de notre itinéraire de descente avec le GR5, nous retrouvons nos amis skieurs pour un petit débriefing ensoleillé sur cette journée CAFiste presque commune, ski de rando / raquette.

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Comme ils prennent un peu d’avance dans le dernier kilomètre sur la piste, il est logique qu’ils arrivent avant nous au bistrot de Saint-Etienne… Dans un joyeux brouhaha, nous constatons que nos rituels se ressemblent, en fin de journée… mais avec un peu plus de choix du côté des gâteaux et biscuits maison pour les raquettistes. Elisabeth ne s’y trompe pas, et vient jeter un coup d’œil au menu de notre goûter…

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Mais, pour que tout soit parfait, il faudrait que notre copine Joëlle soit de la partie… On t’embrasse tous très fort, en attendant de te faire la haie d’honneur avec raquettes et bâtons pour célébrer ton retour. Et celui de tes fameux gâteaux… sans oublier Elsa absente depuis plus d’un moi. Soignez-vous bien mesdames et à bientôt.

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