Week-end de Pâques : héroïque séjour dans le Dévoluy !

 

Nous sommes rarement partis si loin lors de nos précédents week-ends de Pâques, mais pour découvrir les merveilles secrètes du Dévoluy, nous sommes prêts à faire un peu plus de route qu’à l’accoutumée… En dépit des annulations de dernière minute (un peu cavalières, soit dit en passant), nous sommes 28, dont Annie, notre organisatrice, Patrick, Denis, Eric, Vincent et Tony. Nous avons en main nos feuilles de route, tout est parfaitement organisé, décrit, listé : Annie fait toujours bien les choses.

 image002

Petit arrêt-café-regroupement sur l’aire d’Aubignosc, pour récupérer quelques personnes. Puis au col de Festre, où nous en retrouvons plusieurs autres, parties la veille et déjà bien acclimatées, les veinards. La palme à Camille, cette année : un aller-retour Angleterre-Dévoluy-Angleterre pour le plaisir de partager trois jours dans les Hautes-Alpes avec le groupe !

 IMG_8669

 

Samedi 20 avril 2019 : Sommet du Chauvet (2062 m) au départ du col du Festre ( 1442m) : 700 m D+

 

Les voitures sont garées au col du Festre (1442 mètres), sur le grand plateau où se pratique, l’hiver, le ski nordique. Les pistes de la Joue du Loup sont en vue. Mais nous leur préférons nos raquettes, puisqu’il s’agit de monter à la seule force du jarret au sommet du Chauvet, loin des remontées mécaniques…

 DSC05476

DSC05483

Première randonnée de mise en jambe, premières impressions sur le Dévoluy, sa neige, ses reliefs, ses horizons. Massif de transition entre Alpes du Sud et Alpes du Nord, il est le paradis des spéléos autant que des grimpeurs, et de façon plus large, de tous les amoureux de belles montagnes authentiques. Tour du Dévoluy, Tour du Buëch, plusieurs GR sillonnent le massif, pour le plus grand plaisir des randonneurs sur herbe bien verte et rochers bien gris, le tout sous un ciel bien bleu.

P1210418

DSC05495

Une montée sans histoire jusqu’à notre premier sommet, dans une belle combe très enneigée, avec déjà une vue qui s’ouvre vers le Grand Ferrand et l’Obiou. Une pause au sommet du Chauvet, et nous enchaînons avec la crête qui descend, puis remonte à la tête de Merlant, avant une descente puis remontée à la tête du Jas des Arres. Puis une descente définitivement « descente » jusqu’aux voitures. Nous faisons une petite halte à la fromagerie Les Chanterelles, dont Annie nous vante les yaourts à la crème de marron : « un délice ! »        

 P1210420

DSC05499

 

IMG_4810

Et nous prenons nos quartiers au gîte d’étape le Liéraver, à Saint-Etienne-en-Dévoluy. Les noms sont déjà sur les portes des chambres, ce qui évite les tractations de dernière minute… Premier pot de fin de journée, avec vue sur le pic de Bure. Premier dîner, à base de pâtes. Premier briefing-limoncello du soir, dans une confortable salle réservée à la détente :

 

blue brother

 P1210808

Annie nous décrit l’itinéraire du lendemain, insiste sur les consignes de sécurité, le matériel à emporter : c’est à la fois excitant et un brin inquiétant, et ce sera une découverte pour tout le monde… Essayons de dormir, maintenant, et peut-être de faire de beaux rêves… C’est ce qu’on souhaite en particulier à Michel, dont c’est aujourd’hui l’anniversaire. Tout le monde veut lui expliquer comment fourrer sa tête dans son cadeau, un Buff vert pomme assorti à sa doudoune, et ce n’est pas triste… 

Dimanche 21 avril 2019 : plateau de Bure ( 2709m) par la Traversée Héroïque et la combe Ratin : 1200 m D+

 

 Qui avait déjà entendu le mot « chourum » ? Pas moi. Définition : « grottes et tunnels naturels d’altitude où la neige s’accumule, permettant aux connaisseurs de se frayer un passage à pied, à ski ou en rappel ». (Antoine Chandellier, Dans les entrailles du Dévoluy, Le Dauphiné, 08.02.2016)

P1210519

 P1210523

 Direction notre chourum, celui qui a perforé, au fil des millénaires, le calcaire de la montagne de la Corne, et qui est baptisé « Traversée Héroïque ». Rien que ce nom, ça vous donne des frissons dans le dos… Une variante sur la voie normale du pic de Bure au départ de Saint-Etienne-en-Dévoluy, mais une variante étoilée…

 P1210531

Nous laissons les voitures au pied de la station du téléphérique de l’IRAM qui rejoint l’observatoire du plateau de Bure. L’échauffement est bref, mais intense… et voilà déjà le moment de chausser les raquettes. Nos sacs sont lestés des piolets, crampons, casques, baudriers, sangles, machards et mousquetons. Et des cordes, pour les plus musclés du groupe… Un bon rythme est donné par Annie, et nous remontons la combe de Corne en guettant l’apparition du fameux chourum…

DSC05533

P1210548 

Mais tout comme un sommet, un chourum… ça se mérite… Il faut vraiment arriver à l’aplomb du sommet de la Corne pour deviner l’amorce du couloir de neige qui donne accès aux mystères promis.

 P1210558

P1210560

Tout d’abord, mettre les crampons, les casques et enfiler par précaution les baudriers ; puis remonter la pente jusqu’à toucher la falaise, immense et impressionnante falaise ; et, enfin, pousser des oh ! et des ah ! en découvrant le début du couloir, coincé dans une diagonale entre falaise et falaise, invisible d’en bas : les choses sérieuses viennent de commencer, concentration et prudence sont désormais obligatoires, et pour un bon bout de temps.

 IMG_4817

 50B21745-9B72-4E6A-B7E3-C87C508A0C8E

IMG_4831En tête, nos traceurs font de bonnes marches, et la neige inspire toute confiance : c’est en condition, quelle chance ! La première partie du couloir est rapidement gravie, et sur les photos nous avons encore des sourires béats…

 

 

P1210582

DSC05537

Soudain, un choc : deux grands yeux de lumière apparaissent dans la montagne : la sortie du chourum ! Impassibles, lointains, ils semblent nous observer, tandis que nous sortons nos piolets pour entrer dans la grotte-tunnel de la Traversée Héroïque. Les jours de beau temps, le chourum a les yeux bleus. Aujourd’hui, ils sont gris… gris comme le ciel que l’on ne voit déjà plus. Des chocards rentrent en criant sous les voutes : leurs nids doivent être là. Quelques flocons de neige volent.

 P1210588

Par endroits, le sol n’est plus enneigé, mais il est couvert de rochers et cailloux de toutes tailles, qui ne demandent qu’à rejoindre des plans inférieurs avec une totale liberté d’itinéraire… La prudence redouble. Il y a quelques ressauts à franchir dans ces conditions peu réjouissantes. Denis s’installe à un point stratégique du premier ressaut pour nous guider. Une corde est installée, elle fera office de main-courante pour nous aider dans notre progression vers l’œil gauche du chourum, là où est la sortie.

 IMG_2238

20190426212555-2e31b3bb

Ces yeux incroyables, que l’on croyait tout petits, ils n’en finissent pas de grandir, grandir, grandir : le bout du tunnel est donc encore bien loin… Tout minuscules dans notre cathédrale minérale, nous progressons en file indienne, dans un bel élan symbolique vers la lumière et l’air libre, parfaitement adapté à un matin de Pâques…

 pano3

Nous retrouvons la neige, puis nous trouvons la glace… La pente s’est encore redressée, par endroits elle est à 45°. Une seconde corde (« Alix ! monte ! ») est installée pour sécuriser le dernier ressaut, en neige gelée et caillasse perfide : une main-courante ne fera jamais le job à notre place, mais c’est tout de même bien rassurant pour l’apprenti alpiniste, dans cet environnement où le vide est omniprésent. Il suffit de jeter un coup d’œil dans le rétro pour comprendre que le moindre faux-pas serait lourd de conséquences. Les sourires ont disparu, remplacés par une certaine gravité, et une attention, voire une tension presque palpable.

IMG_4843

IMG_8637

Bien rassurantes aussi, les voix et les présences de Jaja, Michel, Eric, Vincent, et de quelques autres, plus à l’aise, et soucieux de guider tout le monde vers les lieux sûrs d’où Annie et les premiers sortis surveillent attentivement la progression du groupe. Une dernière pente très raide, en terre, et nous prenons pied sur le plateau sommital de la Corne, crottés comme des spéléos mais radieux comme des alpinistes !

DSC05542

 DSC05555

Nous sommes sortis du chourum, et la Traversée fut effectivement Héroïque ! Le regroupement fait sur des sols enfin horizontaux, nous repartons vers la suite de l’itinéraire, que nous désigne Annie : la combe Ratin, puis le plateau de Bure ! Deux groupes se forment : un petit groupe mené par Eric va redescendre par le vallon qui borde la Corne à l’Est, tandis que le reste des troupes se dirige vers… plus loin et plus haut.

 DSC05556

Tandis que nous chaussons à nouveau les crampons, Patrick, parti en éclaireur, teste la neige dans une longue traversée exposée : réserve de neige au-dessus, barres en-dessous… Très espacés, nous passons les uns après les autres, dans une vigilance qu’il est impossible de relâcher.

P1210598

 P1210625

Mais une fois franchi ce passage délicat, la combe Ratin prend un profil plus « raquette » même si nous gardons les crampons et, après un dernier coup de collier dans le raidillon terminal, nous arrivons en plein vent, en plein ciel, en plein plateau de Bure, au pied de la gare d’arrivée du téléphérique !

 P1210610

P1210617

Les coupoles des télescopes qui auscultent en permanence le ciel donnent une ambiance de science-fiction au décor. Annie aimerait tant que nous poursuivions jusqu’au sommet, il est vrai que c’est l’occasion ou jamais… Mais il est encore à 2,6 kilomètres du site de l’observatoire, même s’il est à moins de 200 mètres de dénivelée. Le projet est finalement abandonné et, malgré toute la conviction, la persuasion et la déception d’Annie, la décision est prise de rentrer par le même itinéraire. Le froid règne sur cet immense plateau ouvert aux quatre vents. Le pique-nique est vite expédié, et nous dévalons la combe Ratin à grandes enjambées dans une neige excellente, avant de retrouver les traces du G2, la forêt, puis les voitures.

 P1210656

 

P1210670

20190426212905-05f070ec

Avant de reprendre le chemin du gîte, nous faisons une halte devant le mémorial érigé au pied du téléphérique, en hommage aux 20 victimes de l’accident du 1er juillet 1999, tous des jeunes, ouvriers et scientifiques qui partaient travailler à l’observatoire… Pour eux et pour nous, c’est pourtant le même décor : la forteresse minérale du pic de Bure qui domine des vallons enchanteurs. Pour eux la tragédie, pour nous la joie d’une journée riche qui a tenu ses promesses…

 P1210697

Vite se réhydrater ! Sous la douche ou devant un verre, ou les deux… Philippe B nous fait un petit exposé sur le site de l’observatoire et son réseau de radiotélescopes mobiles, qui constitue un interféromètre millimétrique conçu par l’IRAM, et qui permettent de voir une balle de golf sur la lune ! Une tartiflette nous attend, suivie d’une tarte du Champsaur : le dîner est local, ce soir : on dévore. Le patron n’en finit plus de nous ramener de grands plats de salade verte…

 

Lundi 22 avril 2019 : pas du Follet (2162 m) : 850 m D+

 

Tony dit avoir entendu une tempête de vent dans la nuit. L’occasion pour Michel de vérifier que le pic de Bure est toujours au même endroit, ce qui semble mettre à mal cette histoire de coup de vent nocturne. « Fou-rire du matin, bonne humeur pour le chemin ».

 DSC05570

P1210707

 Dernière rando, déjà. C’est le tour de la crête d’Âne qui est au menu mitonné par Annie. Mais un passage trop limite modifiera la boucle prévue en un aller-retour au Pas du Follet. Nous remontons le vallon d’Âne dans des combes magnifiquement enneigées, et nous croisons deux CAFistes de La Mure, qui avouent en riant aimer le Dévoluy parce qu’habituellement, on n’y croise pas grand monde… Mais aujourd’hui, le CAF de Nice est de sortie, amis skieurs…

 DSC05574

 

P1210745Montée au pas du Follet, tout contre le géant du coin, le pic de Bure et ses 600 mètres de falaises verticales. Notre copine Gaby évoque ses souvenirs : oui, c’était là, le bivouac, et c’était cette voie-là, avec son fameux point de non-retour… Bravo Madame ! On comprend mieux pourquoi vous étiez à l’aise hier, dans les ressauts du chourum !

 P1210764

 

DSC05600

DSC05523

Pique-nique au soleil avant la redescente, un régal grâce à la neige simplement parfaite qui rend même les chutes esthétiques, pas vrai, Denis ?

20190426221221-cb0093f5

Camille aura la divine surprise de retrouver son piolet, égaré depuis la veille, accroché contre la voiture de Tony : les cloches de Pâques du Dévoluy distribueraient-elles du matos de montagne plutôt que des œufs en chocolat ? Merci à celui ou celle qui l’a ramené, bel esprit montagnard.

DSC05524

IMG_4906 

Dernier pot de fin de journée au bar du col du Festre, avant de reprendre la route pour Nice : il faudra y retourner pour tester leur tiramisu, Alix nous a fait tellement envie avec le sien… Grand merci à l’équipe d’encadrement, Annie en tête évidemment, pour l’organisation de ce week-end qui sort vraiment du lot et restera dans nos souvenirs, avec le temps fort de la Traversée Héroïque. Gabriel, il ne manquait (presque) que toi, mais d’autres beaux projets t’ont accaparé, et on a tous pensé bien fort à toi

20190426221039-237d62d2

DSC05510 

 Et pour ceux qui ont trouvé facile la Traversée Héroïque, allez voir sur internet à quoi ressemble le Chourum Olympique au Grand Ferrand…

Le commentaires sont fermés.