Week-end raquettes 3 et 4 février 2018 : Marguareis, nous voilà !

Haute vallée du Tanaro (Piémont italien)

Cima Missun (2356 mètres) : G1 et 2, dénivelée = 1100 mètres, distance = 14 kilomètres

Colle dei Signori et refuge Don Barbera (2110 mètres) : G2, dénivelée = 800 mètres, distance =13 kilomètres

Punta Marguareis (2651 mètres) : G1, dénivelée = 1400 mètres, distance = 14 kilomètres

 

 

 

Les week-ends de la section raquette s’arrachent comme des pots de Nutella les jours de promo à Intermarché. Il ne faut pas lambiner si l’on veut s’inscrire et faire partie des heureux élus… Pas question de manquer ces deux randos dans le massif du Marguareis. Les 40 places disponibles sont prises d’assaut. Certains viennent du Var, du Vaucluse, mais la Raquette d’Or revient à Véro pour son aller-retour Paris-Marguareis-Paris. Une seule défection, celle de Philippe, notre « grand » reporter, victime d’un lumbago… Ses photos magiques nous manqueront forcément !

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Gîte réservé, courses repérées sur le terrain, briefing de dernière minute au sujet du matériel, du rendez-vous et du covoiturage : quel boulot pour nos amis encadrants ! Gabriel va même jusqu’à recenser les végétariennes du groupe pour adapter le repas du soir : c’est du sur-mesure. Chouchoutés, les raquettistes ! Autour de lui, Denis, Annie, Patrick, Tony et Mario, une sacrée équipe.

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Un lever plus matinal, un trajet plus long puisque nous allons dans le Piémont, une excitation plus sensible que d’ordinaire : en route pour la belle aventure ! Les voitures sont garées devant la Locanda d’Upega, dans la haute vallée du Tanaro. Les bagages sont entreposés vite fait dans une pièce du refuge, une boisson chaude au bar, et on s’équipe. La petite route Upega-Monesi est par endroits enneigée et verglacée… 45 minutes de marche à pied pour démarrer ? Même pas peur !

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L’union fait la force. En un seul groupe, nous partons en direction de cette belle cima Missun, de piste forestière en route militaire, puis directement à travers monts et vaux, jusqu’à rejoindre la crête qui réunit le Mont Bertrand à notre cima du jour.

Missoun

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La pause s’impose…et nous repose. Le temps de se regrouper, nous nous livrons à notre jeu favori : situer les montagnes que nous avons déjà gravies dans l’immense chaîne blanche qui nous fait face. Tiens ! Le Viso ! il ne se ressemble pas, vu d’ici…Et, à nos pieds, le petit hameau de Morignole, si cher au cœur de notre président Gabriel !

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La cima Missun est toute proche, avec ses falaises qui plongent dans la vallée. Mais nous l’abordons en douceur, par des pentes à l’inclinaison complice…Du sommet, nos encadrants repèrent le secteur que nous irons explorer le lendemain, en plein dans le mille du massif du Marguareis : on n’y voit que du blanc ! Vivement demain !

 

Mont Bertrand

Groupe, Colla Rossa

Sur l’élan de la redescente, nos chefs vont-ils nous faire grimper en haut du Mont Bertrand ? Non, halte pique-nique à Colla Rossa, avant une redescente sans problème, direct azimut sur Upega. La neige est excellente. Nous l’aimons tant, cette douce neige, que nous la savourons jusqu’aux ultimes rubans blancs qu’elle a laissés dans la forêt, ce qui nous oblige sur la fin à opter pour le mode « raquette de combat », afin de passer sous les branches, enjamber quelques troncs, ou sauter une marche de géant… la belle boucle se termine enfin au porte  du refuge.

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Installation dans les chambres de la locanda, ou dans les dortoirs du rifugio, situé dans une maison du village, à quelques dizaines de mètres du gîte principal : nous prenons tout d’assaut ! Gabriel tente de superviser notre installation, mais le mini-tsunami de 39 personnes qui s’éparpillent, bien décidées à dormir dans ce lit-là et pas ailleurs, ne lui facilite pas la tâche !

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La fin de la journée est un grand classique : réhydratation au bar du gîte, douche chaude pour les plus rapides ou les plus chanceux, puis à table ! Comme pour un banquet, toutes les tables du restaurant sont regroupées en un grand « U ». Soupe au chou ou pasta, veau en sauce aux pommes sautées (ou sa variante végétarienne, sans morceaux de bête à cornes dedans) et panacotta : un régal ! Qui sera arrosé, comme il se doit, d’un cépage Barbera… Tiens, mystère : il semblerait qu’une âme généreuse ait pris à son compte le vino et le café du groupe. Moi, j’ai ma petite idée sur l’identité de notre bienfaiteur…

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Non, ce n’est pas un effet du Barbera : dehors, il neige sans discontinuer depuis un moment. Tout est blanc. Au matin, une couche d’une dizaine de centimètres de fraîche recouvre les voitures, les maisons, les champs.

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Et la route, toute blanche elle aussi… Pourrons-nous monter en convoi jusqu’à Carnino superiore, point de départ de notre deuxième jour de rando ? Denis suggère qu’on fixe les pelles à neige à l’avant d’une voiture, pour bricoler un genre de chasse-neige…Mais c’est jour de chance : finalement, il n’y a pas tant de neige que ça sur la route. Tout heureux de notre bonne fortune, nous accédons donc sans difficulté au Parco Naturale del Marguareis.

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IMG_8075Patrick contrôle consciencieusement les DVA. Mais heureusement que quelqu’un contrôle Patrick, qui n’a chaussé qu’une raquette…Les deux groupes partent ensemble plein ouest, raquettes aux pieds, pour un cheminement commun. Par une série de gradins, nous avançons en direction de gorges encaissées. Un passage déversant et délicat, la Gola de la Chiusetta, nous oblige à ralentir l’allure et à redoubler de prudence. Denis, Mario et Annie, en tête, nous préparent une bonne trace que nous ne lâchons pas d’un centimètre…

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DSC05677Une fois franchi ce mauvais pas, les deux groupes se séparent : le G1 oblique vers le nord où culmine la Punta Marguareis, tandis que le G2 continue, Gabriel en tête et Tony en fin de peloton, en direction du large Colle dei Signori, si caractéristique, juste sous lequel est niché le refuge Don Barbera. Le vallon s’élargit, et la montée vers le col se poursuit agréablement, sans difficulté notoire, sous un ciel redevenu d’un bleu intense.

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Le refuge est fermé. Mais une vaste cabane accueillante permet à nos 12 copains de casser la croûte à l’abri, sans pour autant perdre une miette de ce paysage exceptionnel. Le retour sur Carnino se fera par le même itinéraire.

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Pendant ce temps, les 27 du G1 poursuivent leur progression émerveillée vers le sommet, longtemps invisible, à travers des paysages de plus en plus sauvages, de plus en plus ouverts, de plus en plus surprenants. De longs vallons en larges crêtes, de rudes (longues) montées en raides (courtes) descentes, on se rapproche de plus en plus… du ciel !

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Patrick, qui ouvre l’œil et surveille le groupe d’en bas, nous exhorte à tenir les bâtons « en ramasse » dans les montées les plus raides : « Quand on part à la guerre, on ne laisse pas le fusil dans le sac ! », sous-entendu : il faut être prêt, en cas de glissade, à utiliser de suite les bâtons pour se freiner. Sur les photos, on voit les bons élèves…

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IMG_8084Des perspectives étonnantes s’offrent à nous, falaises et contreforts de calcaire noir, qui dominent des vallons secrets, sans la moindre trace humaine ou animale. Nous sommes au cœur des paysages de ce grand karst d’altitude, lunaire l’été, sauvage l’hiver. Une expérience hors du temps, comme celle de Michel Siffre, menée en 1962, au fond du gouffre de Scarasson… précisément dans le massif du Marguareis !

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Il faut toujours avoir un géologue à portée de main, quand on randonne dans des secteurs inconnus : grâce à Vincent, nous apprenons que ces « trous », que certain(e)s prennent pour des terriers de marmottes (bonjour la taille des marmottes…), sont en réalité des cheminées, qui donnent sur des puits, qui débouchent sur des gouffres ! Gare à ne pas mettre le pied trop près du « terrier », on risque de se retrouver 500 mètres plus bas, et bonne chance pour remonter avec les raquettes aux pieds !

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Ce massif est un paradis pour spéléologues, au sous-sol richissime en cavités, réseaux, canyons, dont certains sont encore à topographier, avis aux amateurs ! Mais écoutons plutôt Vincent :

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« Le Marguareis est un karst : un plateau calcaire parcouru de nombreux réseaux formant parmi les grottes les plus profondes des Alpes-Maritimes (jusqu’à -500m de profondeur pour l’Ail mais jusqu’à plus de 600m de profondeur côté italien de la frontière). Un haut-lieu de la spéléo où de nombreuses explorations sont en cours par les spéléologues. On aperçoit d’ailleurs le petit refuge du Castel Frippi du Club Martel sur la photo.

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<<Sous terre, la température de l’air est constante, c’est la moyenne annuelle de la température du massif (de la roche) liée à l’altitude, l’hygrométrie y est élevée.  12-14°C dans les cavités de st Vallier 8-9°C dans les cavités de Caussols et Calern. 0.5-3° dans les cavités du Marguareis

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En fonction de la température extérieure, l’air d’une cavité semblera chaud ou froid selon la saison alors qu’en fait sa température reste inchangée, ce qui donne l’impression que l’air sort chaud et humide en hiver et froid en été. Ce n’est donc qu’un ressenti.Ce phénomène permet aux spéléologues de découvrir des cavité grâce à la neige. On dit qu’un trou « déneige ».  A cela s’ajoute les différences d’altitude et les volumes souterrain qui créent un véritable courant d’air un peu comme quand on ouvre 2 fenêtre dans une maison.

Calpier, Malédie, Gélas

 

Plus le gradient est élevé et surtout pus les volumes souterrains sont importants, plus le courant d’air sera fort. La simple détection d’un courant d’air et de ses variations est déjà un signe de l’ampleur d’un réseau souterrain.  L’hiver est une période propice pour la prospection sur les karsts pour repérer de nouvelles grottes potentielles en repérant les zones soufflées, sans neige. » …( précisions de Pascal de la section spéléo)

 Argentéra

Le viso

Mais c’est pour atteindre les hauteurs que nous sommes là, pas pour visiter les profondeurs ! Un dernier coup de collier, et nous émergeons enfin au sommet, pile à la croix qui marque ce point mythique. Quel bonheur d’être là… Tout l’arc alpin est visible, et on réalise qu’on est ici vraiment tout au bout, tout au sud. Les jours de grand beau temps clair, on voit du Cervin à la Méditerranée, quel incroyable mirador que cette Punta Marguareis…

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Attention à ne pas trop s’approcher du bord de la falaise : elle domine les prestigieux couloirs des Génois et des Turinois qui font face au refuge Garelli que nous désigne Mario, en contrebas. Il est difficile d’imaginer que de tels précipices puissent brutalement succéder à ces douces combes que nous venons de traverser…Tel est le charme du Marguareis.

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Le froid et le vent nous chassent du sommet où nous nous serions bien attardés encore un peu mais… la redescente sera longue. Une rapide pause pain-jambon-chocolat, et nous prenons le chemin du retour, par un vallon affluent à notre itinéraire de montée, testé précédemment par Mario, et qui sera l’occasion de faire du ski à raquette (oui-oui). La neige, idéale, contribue à la perfection du moment.

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Nous voilà de retour aux voitures, G1 et G2 presque en même temps, les yeux encore pleins de ces sublimes grands espaces, mais déjà embués de nostalgie : il faut vraiment repartir ? Oui, mais à condition que ce soit pour mieux revenir.

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Mille mercis, mille bravos pour ces deux belles traces à notre équipe d’encadrement et à tous les bénévoles qui les assistent de leur mieux. Le rêve est à portée de raquette, et un rêve réalisé, c’est de la joie. Et là où il y a de la joie, le bonheur n’est pas loin.

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